Les riverains ont la décharge dans le nez

La Provence | Article de Delphine Tanguy

"Au beau milieu de la nuit, vous suffoquez, vous avez envie de vomir", rapporte Daniel Pieri. Ses voisins renchérissent : depuis quelques semaines, ils souffrent de maux de gorge, d'yeux irrités. Les odeurs pestilentielles venues du centre d'enfouissement technique (CET) de Septèmes pourrissent la vie des riverains.


Hier, ils organisaient une réunion à laquelle participaient des élus tels Henri Jibrayel ou Roland Cazzola, des présidents de CIQ comme Gérard Marletti ou Lydia Fretzel.

 

Discrètes, dans la salle, les chargées de communication de Véolia Environnement (Valsud) prennent des notes mais se gardent bien d'intervenir. Seuls parleront le toxicologue Bernard Tailliez, mandaté avec son laboratoire, Analytika, par les habitants, et Daniel Pieri, président de l'Association contre la décharge de Septèmes les Vallons (ACDSV).


Œuf pourri
"On veut le savoir : est-ce qu'on risque quelque chose à respirer ça?" tonne soudain un voisin, très remonté. "Ça", c'est de l'hydrogène sulfuré à la caractéristique odeur d’œuf pourri. Il émane des dégazages nécessaires menés par Véolia sur la décharge depuis des semaines. Issu de la macération des déchets organiques, ce biogaz nauséabond est effectivement très irritant. Voir létal dans de fortes concentrations (dégagé par les algues vertes qui souillent les côtes bretonnes, par exemple) et/ou des espaces confinés.


Toutefois, "ici, ce n'est pas dangereux", nous a affirmé Frédéric Clément, le responsable d'exploitation de la décharge. Ce sont "seulement les flux thermiques entre la mer et la terre" qui renverraient les relents pestilentiels vers les vallons des Peyrards et des Tuves, notamment. "Il faut que le préfet vienne dans l'arène, maintenant, que des études soient menées" a réclamé le député PS Henri Jibrayel lors de la réunion. Lors de la récente visite à Marseille de Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, la sénateur maire PS Samia Ghali lui avait fait la même requête.


Fin 2011, Analytika avait mis en évidence, sans pouvoir en préciser la concentration ni la provenance, la présence de 18 polluants dans l'air et 38 dans l'eau aux abords de la décharge. Ce rapport avait jeté le trouble : Véolia avait ensuite accepté que soient menées, deux fois par an, des campagnes de captage d'air en plusieurs points du voisinage.

En juillet 2013 et février 2014, sur une période de 14 jours, le groupe avait mandaté Burgeap (lire ci-dessous) pour réaliser cette étude : "Nous sommes en dessous des seuils admis", se réjouit Frédéric Clément, résultats en main. Bref, le risque sanitaire serait écarté. Dans une volonté d'apaisement, Véolia avait également financé la campagne de mesures parallèle d'Analytika.

 

Or, Bernard Tailliez le soutient aujourd'hui, "nos résultats sont incompatibles avec ceux de Burgeap. Véolia a fait une moyenne de ses relevés qui ne rend pas compte du pic de présence de benzène que j'ai constaté." Ces mesures n'ont pas non plus été menées en période de dégazage. "On n'a pas les moyens d'investiguer davantage", admet Daniel Pieri. Inquiets, les riverains ne comprennent pas que le préfet ne diligente pas, ici, une enquête "indépendante". La seule à même de dissiper leurs craintes.


Derrière les capteurs, deux laboratoires mais aussi... deux poids et deux mesures


À 71 ans, Bernard Tailliez est à la tête du petit laboratoire indépendant -et non-certifié- Analytika, installé à Cuers, dans le Var. Volontiers alarmiste, Bernard Tailliez s'est plusieurs fois mis au service d'associations. En 2000, après le naufrage de l'Erika, il soutient que les bénévoles nettoyant les côtes ont été exposés à des substances plus toxiques que ce qu'affirme Total. Ses conclusions sont sévèrement réfutées par un collège d'experts.

 

Plus tard, une étude de l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse (Ensa) pointera néanmoins elle aussi un risque mésestimé par les autorités. À Septèmes, Analytika a été payé par Veolia pour mener sa propre analyse en parallèle de celle confiée à Burgeap, le laboratoire mandaté directement par Veolia environnement.


Poids lourd de l’ingénierie de l'environnement, il a notamment travaillé sur les sites pollués d'Euroméditerranée. Depuis 2009, Burgeap appartient au groupe européen Burgeap Igip Holding SE. Demeter Partners, un fonds de placement à risque spécialisé dans l'environnement, porte et finance son développement. Veolia environnement est l'un des principaux actionnaires de ce fonds.

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