Armes chimiques 1918 : l’Etat se réveille ... 100 ans après

Revue de Presse : Article "L'Est Républicain"

16-09-2015

Terres polluées par 14-18 : cent ans après, la récolte 2015 détruite dans le nord meusien.

Dans le canton de Spincourt, tout le monde le sait, mais personne n’en parle. Et l’omerta a semble-t-il gagné toute la Meuse puisqu'il a été vivement conseillé de ne pas ébruiter l’affaire.

Sept exploitations seraient concernées à Vaudoncourt, Muzeray et Loison.

 

Les agriculteurs ont reçu la nouvelle comme un coup de massue au début du mois de juillet, en pleine moisson. La DDCSPP (Direction Départementale Cohésion Sociale Protection Populations) s’est présentée sur leurs exploitations pour leur expliquer que leurs productions ne pouvaient plus être commercialisées, jusqu’à nouvel ordre.

 

Par mesure de précaution, le temps que des analyses soient effectuées.

En cause ? Une pollution qui remonterait à près d’un siècle.

Dans un arrêté du 06-07-2015, la préfecture de la Meuse précise que « des activités polluantes de déconstruction et destruction de munitions chimiques et explosives » ont été réalisés dans cette zone située à une trentaine de kilomètres au nord-est de Verdun, à deux pas de la Meurthe-et-Moselle.

 

Des études et prélèvements menés par le BRGM (Bureau Recherches Géologiques Minières) démontrent que plusieurs parcelles situées sur le territoire des communes de Muzeray, Vaudoncourt et Loison affichent la « présence de métaux et de composés organiques toxiques dans le sol ».

 

La DDCSPP et la préfecture de la Meuse ont donc décidé de procéder à des « restrictions sanitaires d’utilisation et de mise sur le marché de productions agricoles végétales issues des parcelles contaminées par des résidus chimiques sur le site « Clere & Schwander », le nom donné au périmètre concerné par la contamination potentielle.

 

« L’État se réveille cent ans après »

Les céréales cultivées cette année dans cette zone ont été détruites, le lait produit par les vaches potentiellement alimentées par ces céréales, collecté tous les deux jours est jeté depuis le mois de juillet, et celles destinées à l’abattoir restent dans l’étable.

 

Depuis que ces mesures ont été prises, l’équivalent de 150.000€ de lait auraient déjà été jetés.

« Tout ce qu’on produit part à la poubelle », révèle sous couvert d’anonymat l’un des agriculteurs concernés.

« L’État se réveille cent ans après », déplore-t-il, écœuré. « Il faut avoir les nerfs solides pour supporter ça, surtout en pleine crise agricole ».

 

Les agriculteurs cultivent ces terres depuis plusieurs générations, et s’étonnent de la réaction tardive des autorités si danger il y a. Ce qui étonne également, c’est que cette affaire ait été mise sous embargo total depuis plusieurs mois.

Il suffit d’évoquer le sujet pour voir aux mines confuses que les interlocuteurs sont embarrassés.

 

Le préfet de la Meuse, contacté à deux reprises via son cabinet n’a pas donné suite à nos sollicitations.

 

Non loin de là... "la place à gaz"

Les parcelles concernées par cette restriction sanitaire se trouvent à quelques encablures du lieu-dit tristement baptisé localement « la place à gaz », un carré perdu en forêt de Spincourt où, dans les années 1920, des milliers d’obus chimiques ont été détruits.

 

Dans une étude publiée en 2007, deux scientifiques allemands révélaient la dangerosité toujours effective de ce site.

Près de cent ans après le premier conflit mondial, le sol regorge encore de produits hautement toxiques, des métaux lourds (cuivre, plomb, zinc) mais aussi de l’arsenic.

 

Depuis la révélation de ces conclusions, l’accès à la « place à gaz » a été totalement interdit par arrêté préfectoral.

 

Alors qu’une suspicion de contamination plane sur des cultures agricoles dans trois villages situés aux portes de Spincourt, la proximité des deux sites interroge.

 

Le 20 juillet 2015, la préfecture de la Meuse prenait d’ailleurs un second arrêté qui interdit « la consommation des poissons et des produits issus de la cueillette et du ramassage sur les parcelles des sites de la place à gaz et de Clere & Schwander ». L’arrêté lie les deux lieux, précisant que « les sites de la place à gaz et Clere & Schwander sont susceptibles d’être contaminés par des composés toxiques et que leur consommation peut présenter un risque potentiel pour la santé ».

 

Toutes ces interdictions pourront être abrogées « constatant à partir d’analyses complémentaires favorables, qu’elles ne sont plus justifiées pour la protection de la santé publique ».

 

Dans son premier arrêté du 6 juillet, la préfecture de la Meuse dit attendre « l’obtention de garanties sanitaires sur les productions » pour autoriser à nouveau la commercialisation des productions agricoles cultivées sur le site « Clere & Schwander ».

 

Le bureau de recherches géologiques et minières était sur le secteur ce mardi pour sonder le sol et permettre de localiser des fosses de tir de la première guerre mondiale. Le BRGM a été chargé par le ministère de l’écologie d’inventorier tous les sites qui présentent les mêmes caractéristiques que ceux situés autour de Spincourt.

 

Léa BOSCHIERO
http://www.estrepublicain.fr/edition-de-verdun/2015/09/16/terres-polluees-par-14-18-la-recolte-2015-detruite-dans-le-nord-meusien

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