Pollution de l'air à Frontignan : le maire Pierre Bouldoire réagit

Plus d'un an après la publication de nos résultats à propos de la contamination de l'air du centre-ville de Frontignan (réalisés à la demande de la Mairie), un article paru dans 'Midi-Libre' le 3 février dernier a fait réagir certains habitants de Frontignan. Le maire Pierre Bouldoire fait le point sur ce dossier dans ce nouvel article du 20 février et explique pourquoi il demande à l'État de 'revoir sa copie'.


Reproduction de l'article de Jennifer Franco :

" Frontignan : Analyses de l'air, le maire Pierre Bouldoire réagit

Environnement. Le maire réagit aux résultats de l’étude menée sur la qualité de l’air respiré par les habitants, que la Ville a commandé au laboratoire indépendant, Analytika, basé dans le Var. Un point qui intervient après la mobilisation d’habitants.


Dans son édition du 3 février, Le Midi Libre révélait les conclusions d’une analyse de l’air réalisée à Frontignan ville et Frontignan plage, en décembre 2015 et février mars 2016, par le laboratoire Analytika.

 

Qualifiés de « préoccupants » par l’auteur de l’analyse, le scientifique Bernard Tailliez, fondateur de ce laboratoire indépendant d’investigations et d’expertises de contaminations chimiques, ces résultats concluent à « la présence d’un grand nombre de contaminants organiques volatils toxiques. »

 

Cette étude, commandée par la Ville, dont les résultats sont publiés et consultables sur le site internet d’Analytika, n’a jamais été rendue publique.

Pourquoi avoir organisé une conférence de presse maintenant (elle a eu lieu le 13 février, NDLR) ?

Parce que dans votre journal, des citoyens informés se sont manifestés pour exprimer leurs inquiétudes. En l’occurrence, Christian Dangleterre et son association le Coef 34 (Collectif environnement Frontignan), puis, dans la foulée, ARzF (Action risque zéro Frontignan). La première intervention pouvait laisser penser que la Ville cachait quelque chose sur le rapport d’Analytika.

 

Est-ce le cas ?

Absolument pas. Mais j’ai tenu à faire une mise au point, à donner des informations sur lesquelles il ne me semblait pas nécessaire d’attendre, compte tenu que dans ce genre d’affaire, on peut vite être suspecté de vouloir cacher quelque chose.

 

Pourtant, cette étude a bien été commandée par la Ville sans être rendue publique. Pourquoi ?

Tout simplement, parce que cette étude donne des résultats paradoxaux. Autrement dit, les résultats révélés à deux moments distincts d’analyse de l’air, sont différents et contraires à ce que l’on aurait pu attendre. Je m’explique. Au moment, où on effectue le point zéro avec Analytika, c’est-à-dire, où aucuns travaux n’est engagé, les résultats sont mauvais. Et a contrario, pendant les travaux, alors que l’on aurait dû avoir une qualité de l’air se dégradant, ils sont bien meilleurs, voire bons.

 

Comment le laboratoire explique ce paradoxe ?

D’abord, les conditions météorologiques n’étaient pas les mêmes lors des deux analyses. Ce, même si les études ont été faites sur plusieurs jours. La première fois, on est en présence d’un air très stable, stagnant avec des pollutions fixées. La seconde fois, là où l’on devrait avoir un pic de pollution en raison d’un vent violent, il y a une telle dispersion que les résultats sont bons.

 

En parallèle, nous avions obtenu dans l’arrêté du préfet qu’Air-LR procède aussi des relevés. Dès lors, j’ai décidé d’attendre leurs résultats afin d’établir les comparaisons nécessaires. Ils ne nous ont été donnés que fin novembre. En les attendant, après les avoir demandé à plusieurs reprises et pour lesquels nous n’avons obtenu qu’un résumé, je tiens à le dire, nous n’avons pas publié le rapport mais nous l’avons aussitôt envoyé aux autorités compétentes, l’ARS (agence régionale de santé) et la DREAL (direction régionale environnement, aménagement, logement).

 

Le rapport conclut à une contamination chimique. Comment l’expliquer ?

Le point de départ, c’est la pollution des sols sur l’ancienne raffinerie Exxon Mobil. Dans le cadre du projet de dépollution, le préfet a pris un arrêté en 2015 disant qu’il faut faire des tests de dépollution via le procédé dit des biopiles. La Ville l’a contesté le trouvant imprécis et parce que les précautions demandées au laboratoire n’étaient pas de nature à garantir la sécurité sanitaire des habitants.

 

De là, le préfet a modifié son arrêté limitant le test dans le temps, les volumes de terres sur lesquels il aura lieu ainsi que la mise en place, à notre demande, d’analyses de l’air. Le représentant de l’État a donc désigné Air-LR à laquelle la ville adhère.

 

À ce moment-là, nous étions très satisfaits. Seulement, lorsque le protocole a démarré, on s’est rendu compte qu’Air-LR allait, certes analyser l’air, mais seulement pendant la période des tests biopiles et autour de la zone concernée. Cela ne me va pas du tout. Car, si la zone en question n’est pas habitable, en revanche, on risque d’avoir des pollutions de l’air à Frontignan ville et à Frontignan plage.

 

C’est à ce moment donné que nous avons demandé à Analytika de venir renforcer le dispositif.

 

Pourquoi ne pas l’avoir demandé à Air-LR ?

Parce que le préfet a jugé que son arrêté était parfaitement ficelé. J’ai donc demandé à Analytika de nous proposer un protocole de surveillance. Cela représente un coût de 8 000 €. Le laboratoire a proposé cette surveillance en deux temps : d’abord, avant que les tests ne démarrent et ensuite, pendant les tests de dépollution menés par Exxon.

 

Avec, l’installation de capteurs à la fois sur le site ainsi qu’à Frontignan plage et Frontignan ville. C’est là, qu’à la sortie, on se retrouve avec les résultats paradoxaux évoqués tout à l’heure.

 

Face à ce constat, j’ai donc écris l’ARS et au préfet pour leurs transmettre les éléments à notre disposition. Aujourd’hui, je n’ai pas de réponses. Je ne suis pas en mesure de dire si oui ou non il y a eu une pollution de l’air gravissime. Ce n’est pas à moi de le dire. Et la Ville n’a pas les moyens techniques d’analyser ces résultats.

 

Si j’ai le devoir de me préoccuper de la santé des habitants, en revanche, c’est l’État qui détient les compétences pour analyser ces résultats et qui a le pouvoir de police pour agir.

 

Êtes-vous inquiet ?

Aujourd’hui, ces résultats me confortent dans ma position. Cette dépollution doit se faire plus sérieusement que ce qu’elle est envisagée. On avait demandé à ce qu’elle soit réalisée sous site confiné.

 

Je continue donc à demander à l’État de modifier son arrêté.

 

Depuis des années, la Ville fait un travail ne relevant pas de sa compétence. Mais je suis un élu responsable. Toutes les études menées par la Ville ont un coût. Cela représente environ entre 10 000 et 15 000 € chaque fois. Et pour une ville de 25 000 habitants ce n’est pas rien à supporter. Je rappelle aussi que j’ai une ingénieur à temps plein, qui travaille sur ces questions là.

 

Juridiquement, les résultats d’Analytika sont-ils recevables ?

La Ville est déjà engagée sur le terrain judiciaire avec Exxon. Je demande une fois de plus aux services de l’État de revoir leur copie. Aujourd’hui, ce sont les citoyens qui montent au créneau. Et je m’en réjouis. Cela fait vingt ans que je suis maire de cette ville et que je mène un combat dans ce dossier. Je me sens isolé. Et le temps, lui, continue de passer.

 

Si le dossier reste en l’état, quelle pourrait être la prochaine étape ?

La mise en cause par la Ville de la responsabilité de l’État. Mais j’espère que l’on ne sera pas obligé d’en arriver là. "

 

 

CE QU’IL FAUT AUSSI SAVOIR :

 

Pourquoi Analytika ?

« Lorsque j’étais vice-président à l’Agglo, en charge de l’aménagement du territoire, on avait envisagé - cela reste toujours d’actualité -, en accord avec le président, de transformer l’ancien site de Lafarge en parc public, et également de faire, côté étang, le Palais des sports. À l’époque, j’avais dit à François Commeinhes, qu’il fallait faire des analyses de l’air car nous sommes entourés par Exxon, Scori. L’Agglo avait donc demandé à Analytika de les réaliser. J’ai donc fait à nouveau appel à ce laboratoire car j’avais vu la qualité du travail effectué sur la question Lafarge. »

 

Du côté de Lierles-Félibre

Le Conseil de quartier Lierles-Félibre (La Peyrade), « très concerné par les problèmes environnementaux posés par la présence, à proximité des habitations, d’activités industrielles hautement polluantes (Centre d’approvisionnement et de distribution de carburants ExxonMobil, port, Scori…), s’inquiète des informations diffusées ces derniers jours dans la presse sur la pollution de l’air.

 

Le conseil souhaite savoir pourquoi les résultats d’une étude réalisée en fin d’année 2015 et début d’année 2016 par le « Centre indépendant d’investigations et d’expertises des contaminations chimiques », Analytika, à la demande de la Ville, n’ont pas fait l’objet d’une communication publique par cette dernière ? Pourquoi la diffusion tardive de ces résultats dans la presse n’a toujours pas suscité de réactions de la part des autorités en charge de la santé des populations ?

 

Le conseil souhaiterait donc connaître très vite l’avis de ces autorités sur ce que cette étude avance. Les autorités considèrent-elles que les travaux d’Analytika sont sérieux et s’ils le sont, les taux relevés font-ils, oui ou non, courir un danger aux populations ? Le silence est de nature à entretenir l’inquiétude et à laisser le terrain libre aux rumeurs. »

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Article du Midi-Libre du 20.02.2017 dans sa version source (Page 6) / Jennifer Franco
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