Air à Frontignan : « Les services de l'État n'ont pas encore été saisis »

Le Midi Libre| Article de Isabelle Jupin

Entretien. Le sous-préfet Philippe Nucho, évoque l’étude de l’analyse de l’air réalisée par Analytika.


Le 3 février dernier, nous révélions que la ville de Frontignan avait commandé une analyse de l’air au laboratoire indépendant Analytika. Celle-ci concluait à « la présence d’un grand nombre de contaminants organiques volatils toxiques dont l’origine industrielle ne fait aucun doute ».

 

Le Collectif Coef34, à l’origine de la “découverte” de l’étude, tout comme l’association Action Risque Zéro Frontignan, se sont émus de la non-publication de cette analyse par la commune et des conséquences que cette pollution de l’air pouvait avoir sur la santé de leurs concitoyens.

 

Ce sur quoi, le maire Pierre Bouldoire, s’est exprimé lors d’une conférence de presse (ML du 20 février). Le premier magistrat a notamment expliqué avoir fait appel à Analytika car la surveillance de la qualité de l’air autour du chantier de dépollution de l’ancienne raffinerie Mobil effectuée par Air LR, à la demande de l’État, ne lui avait pas paru suffisante (lire ci-contre).

 

Il précisait que les résultats d’Analytika « se sont avérés surprenants indiquant une bonne qualité de l’air pendant les tests (de biopiles, NDLR) et moyenne à mauvaise avant le début du chantier ». Estimant que « la ville n’a pas les moyens techniques d’analyser ces résultats » (ceux d’Air-LR et d’Analytika, NDLR), Pierre Bouldoire a indiqué avoir transmis ces éléments à l’Agence régionale de la santé (ARS) et au préfet. C’est, en tout cas, ce qu’il avait fait du rapport d’analyse d’Analytika concernant le site industriel Lafarge (lire ci-dessous).

La ville de Frontignan a transmis à l’État les analyses de l’air réalisées par le laboratoire Analytika en décembre 2015 et février-mars 2016 qui concluent à une pollution chimique. Quelle va être votre réponse ?

On en prend acte mais les services de l’État n’ont pas encore été saisis sur le sujet, donc c’est un peu aventureux de l’avoir affirmé. Une lettre est en préparation, m’a indiqué le cabinet de Pierre Bouldoire. Lorsque nous aurons tous les éléments, nous les analyserons et nous apporterons une réponse.

 

Air-LR est l’interlocuteur de l’État

Cette étude a été commandée par la commune de Frontignan et, pour nous, l’opérateur du suivi de la qualité de l’air, c’est Air-LR. C’est un organisme labellisé qui fait un travail sérieux et on s’appuie sur les éléments qu’il nous fournit.

 

Lorsqu’il s’agit d’un opérateur tiers, il faut vérifier son agrément et, ensuite, analyser ses méthodes de travail et ses résultats. Mais pour tout ça, il faut être officiellement saisi et avoir des éléments détaillés. Ce qui m’étonne un peu, c’est que la collectivité investit dans le domaine de la qualité de l’air alors que ce n’est pas dans ses compétences et qu’Air-LR travaille sur le sujet.

 

Néanmoins, lorsque vous serez officiellement saisi, allez-vous transmettre ce dossier à l’Agence régionale de santé ?

Évidemment, nous ferons un travail croisé des services de l’État. J’interrogerai la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), l’ARS et, le moment venu, nous apporterons une réponse au maire.

 

Ne pensez-vous pas qu’une étude épidémiologique dont l’objectif est de tenter d’établir une association entre l’exposition à certaines substances et la survenue de maladies, devrait être lancée à Frontignan ?

Ce n’est pas moi qui peux répondre à cette question, c’est l’ARS.

 

Suivi de la qualité de l'air à La Mobil

 

De février à avril 2016, Air-LR a effectué des mesures de polluants atmosphériques pouvant être émis par les activités du chantier de dépollution de l’ancienne raffinerie Mobil réalisée par la société Arcadis à la demande d’Esso.

 

Pour ce faire, ont été utilisés un laboratoire mobile ainsi que treize capteurs répartis dans un rayon de 400 m autour du chantier. Les résultats, communiqués à la mairie en novembre 2016, sont les suivants : les concentrations moyennes mesurées d’hydrocarbures sont inférieures aux valeurs de références existantes. Idem pour les concentrations de sulfure d’hydrogène sauf au niveau du quai Jean-Jacques-Rousseau mais « sans lien avec l’activité du chantier ».

 

L’influence du chantier sur la qualité de l’air a été établie « uniquement pendant la phase d’excavation des terres polluées ». Le 15 juillet 2016, la ville a demandé à la préfecture « de bien vouloir reprendre la campagne d’analyses de l’air à l’extérieur du site » ayant été saisie de signalements d’odeurs en provenance des biopiles sur la période fin mai-début juillet.

 

Cela a été refusé après avis des services en charge de l’inspection des installations classées (courrier de la préfecture en octobre 2015).

 

COURRIER

 

Suite à l’étude d’Analytika sur l’ancien site des ciments Lafarge, la ville a demandé une étude épidémiologique.
Le laboratoire Analytika a également réalisé en août 2015, à la demande de l’agglo, une campagne de prélèvements d’air sur l’ancien site des ciments Lafarge qui met en évidence « des contaminants organiques toxiques volatils et semi-volatils d’origine industrielle » (ML du 3 février).

 

Un courrier recommandé, envoyé le 18 juillet 2016 par la ville de Frontignan à l’Agence régionale de la santé (ARS) fait état de l’envoi de ce rapport le 30 octobre 2015. « Ces courriers sont restés sans réponse, est-il noté. La qualité de l’environnement de la ville et la protection de la santé des citoyens sont des préoccupations essentielles. Afin d’affiner notre analyse quant à la situation sanitaire de notre commune au regard des questions de pollution, je vous demande de bien vouloir me communiquer tous éléments qui pourraient constituer la base d’une étude épidémiologique sur le territoire communal. »

 

L’ARS, en date du 26 août 2016, répond qu’elle ne dispose pas d’éléments sanitaires « à l’échelle communale... Une analyse statistique telle que vous la souhaitez, consistant à rechercher s’il existe une association entre l’exposition à des toxiques chimiques et les indicateurs sanitaires ne pourrait concerner qu’un groupe de population de taille très supérieure à celle de la commune de Frontignan, suivi sur le plan sanitaire pendant une période très prolongée. »

 

Concernant le rapport d’Analytika, l’ARS indique qu’il « fait l’objet d’un examen en lien avec les services de la Direction régionale de l’environnement. Une campagne de mesure atmosphérique doit être menée par Air-LR de manière à disposer de résultats quantitatifs. L’interprétation de ces résultats et leur comparaison avec ceux du rapport Analytika interviendra à l’issue de cette campagne d’analyse. » À suivre donc.

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