À peine créé, le Coll’Air Pur Santé s’énerve

Le Dauphiné Libéré (Haute-Savoie)| Article de Amélie Daviet

MONT-BLANC | Le dernier né en matière d’environnement dans la vallée présente des analyses de la pollution « alarmantes ».

 

À peine créé, le Coll’air pur santé s’énerve


" [...] Et le collectif n’aura pas attendu longtemps avant de se jeter dans l’arène. Ses membres ont mis la main sur des analyses réalisées par un laboratoire indépendant (lire ci-dessous). Celles-ci montrent « la présence de produits à la toxicité avérée, comme des métaux lourds, pouvant provoquer entre autres mais de manière non exhaustive, des irritations des yeux, de la peau, des voies respiratoires, des leucémies, des cancers en tous genres… »

 

« Ici, c’est la vallée de la mort »

 

Les membres rappellent par ailleurs qu’il n’y a pas de limite en matière de métaux lourds. « La moindre présence est déjà trop. On se cache derrière un écran de fumée en ne prenant en compte que les particules fines mais ici, c’est la vallée de la mort parce qu’on se limite à la réglementation ». Et, au vu des 85 morts reconnus causés chaque année par la pollution, la réglementation, ce n’est pas suffisant…

 

« Des résultats alarmants avec des teneurs élevées en métaux lourds »

 

À peine le collectif créé, il y environ un mois, ses membres ont reçu des analyses réalisées par un laboratoire indépendant, le centre Analytika, commandées par des habitants de la vallée et financées sur leurs deniers personnels. Le Dauphiné Libéré, qui a eu accès à ces informations, a contacté Bernard Tailliez, fondateur et directeur scientifique du laboratoire indépendant Analytika pour en savoir plus.

→ Quel type d’analyses avez-vous effectué ?
« Nous avons analysé de l’air et de la poussière par spectrométrie de masse. Nous avons poussé bien plus loin que ce qu’Atmo, à ma connaissance, a jamais fait. L’objectif, via ces mesures plus représentatives et plus complètes, était de voir ce que les poussières et l’air contiennent. »

 

→ Où ont été pris les échantillons ?
« Les échantillons de l’air ont été pris par deux capteurs posés en deux endroits. Le premier dans la zone d’activité économique (ZAE) des Egratz, le second impasse du Rocher Blanc, à Passy. Pour les poussières, elles ont été récoltées par un dispositif d’aspiration, dans la ZAE des Egratz également. Nos capteurs étaient à proximité directe (30 à 40 mètres) de ceux d’Atmo. »


→ Et qu’avez-vous trouvé ?
« Des résultats très alarmants ! D'autant plus que ce sont les premières données scientifiques disponibles permettant d’établir l’inventaire détaillé des contaminants. Mais je ne suis pas surpris même si je n’avais encore jamais vu de telles concentrations. C'est pharamineux. Nous avons relevé dans les poussières collectées au sol 50 éléments parmi lesquels 9 métaux lourds, dont du zinc, du plomb ou de l’arsenic. Quant à l’air, les composés organiques volatils (COV) y sont présents en très grandes quantités »

→ D’où provient la pollution ?
« On peut déjà affirmer que la pollution est essentiellement d’origine industrielle. D’autant plus que les analyses ont été effectuées en été donc sans feux de cheminée. »

 

→ Quelle valeur ont ces résultats ?
« Ils n’ont aucune valeur statistique. Ils ont été réalisés à un moment donné, sur cinq semaines entre juillet et août 2017 pour l’air et sur un prélèvement unique, durant l’été également, pour les poussières. Mais ils permettent d’avoir un ordre de grandeur de la teneur des différents contaminants. Ils suffisent également et surtout à démontrer que les mesures officielles de particules fines dans l’air ne constituent pas un compte-rendu honnête et complet de la situation. J‘espère désormais qu’Atmo se saisira de ces relevés et agira en conséquence. »

 

Alain Nahmias estime que « cette étude, c’est du sérieux »

 

Alain Nahmias, président de l’Association pour le respect du site du Mont-Blanc (ARSMB) n’a pas une hésitation. Quelques heures après avoir pris connaissance de l’étude du laboratoire Analytika, il lance : « Ça m’inspire que c’est du sérieux ».

 

Citant le spectromètre utilisé par le laboratoire indépendant, « méthode qu’Atmo n’a pas », il ajoute : « On se doutait bien que les poussières contenaient des contaminants. Les particules fines, il y en a 36 000 différentes et chacune a son effet. On nous bassine avec des statistiques mais on ne dit jamais ce qu’elles contiennent et là on voit des métaux lourds, du carbone… » Pour Alain Nahmias, ces données nouvelles sont « un indice du méfait des usines ».

 

Celui qui se bat depuis des années pour un air plus pur dans la vallée estime que « c’est en tout cas très intéressant. Et novateur ». Il espère désormais « que ces analyses seront faites de manière plus systématique. Qu’Atmo s’en saisira. Que quelqu’un s’en occupera ! »

Écrire commentaire

Commentaires : 0