« C’est une évidence qu’il faut surveiller les PM 2,5 » En réaction à des analyses indépendantes, le député Xavier Roseren demande un comité scientifique

Le Dauphiné Libéré (Haute-Savoie)| Article de Julien Piccarreta et Amélie Daviet

MONT-BLANC | En réaction à des analyses indépendantes, le député Xavier Roseren demande un comité scientifique.

 

« C’est une évidence qu’il faut surveiller les PM 2,5 »


Alors même que pour la première fois depuis dix ans, le pays du Mont-Blanc est passé sous la barre des 35 jours autorisés de pollution aux particules fines PM10 en 2017 -grâce aussi à une météo particulièrement portée sur la pluie en fin d’année- la pollution continue d’émouvoir.

 

Dans notre édition du 14 janvier, nous avons publié en effet les résultats d’une étude menée par le centre Analytika, laboratoire d’analyses indépendant. Bernard Tailliez, chercheur et gérant du laboratoire en question, y expliquait notamment que les capteurs d’air qu’il a posés en août au niveau de la zone des Egratz, à Passy, montrent la présence de métaux lourds dans les poussières à un niveau qu’il qualifie d’« alarmant ».

 

« Je suis étonné que cela n’ait pas provoqué davantage de réactions »

 

Des données en apparence inédites et qui ont eu un effet “coup de pied dans la fourmilière”… bien que très peu de communications aient jusque-là été faites officiellement (lire par ailleurs).

 

« Je suis étonné que cela n’ait pas provoqué davantage de réactions », note d’ailleurs le député Xavier Roseren, ajoutant que « si c’est vraiment vrai (sic), alors c’est grave ». Au vu de ces résultats, l’élu LREM et ancien maire des Houches demande, entre autres, que de nouvelles mesures soient réalisées pour « faire vérifier de manière contradictoire et transparente » les données d’Analytika. 

 

Une réaction que recherchait de toute évidence le Coll’air pur santé. Car c’est par l’intermédiaire de ce collectif, commanditaire des analyses réalisées par le laboratoire Analytika, que les données récentes ont été rendues publiques.

Un arrêt des usines n’est « pas réaliste »

 

Le Coll’air pur santé appelle d’ailleurs aujourd’hui à un moratoire sur les activités industrielles polluantes, par principe de précaution. Ses membres rappelant que « le plomb, qui fait partie des métaux lourds est classé par l’Organisation mondiale de la santé parmi les dix substances les plus dangereuses au monde ».

 

Dans l’attente d’une réaction de la préfecture, Xavier Roseren rejette, lui, l’idée « pas réaliste » d’un arrêt des usines.

 

Pour autant, s’il ne se juge « pas en mesure de dire que cette analyse est viable », il demande que l’on « mette en place un comité scientifique indépendant. Atmo doit être au-dessus de tout soupçon. On ne peut pas les laisser tout seul ».

 

Et député comme collectif s’accordent sur un point : les PM10, ce n’est plus suffisant. « On ne peut pas se permettre de tout mesurer mais c’est une évidence qu’il faut surveiller les PM 2,5 », lance ainsi Xavier Roseren.

Ce qu’il ressort des derniers chiffres dévoilés par Atmo

À l’occasion de la réunion organisée la semaine dernière avec les associations, Atmo a présenté des données rares de son travail (lire par ailleurs). Données que l’ARSMB a mises en ligne ce weekend et que nous avons consultées.

 

Métaux lourds

 

Concernant les rejets de métaux lourds dans l’air ambiant à proximité du Sitom de Passy, Atmo assure que, pour 2015, il n’y a pas eu de dépassement des normes. La concentration en plomb (métal le plus présent dans l’atmosphère) s’établit ainsi à un peu plus de 12 ng/m3, alors qu’elle ne doit pas dépasser 250 ng. Par ailleurs, Atmo relève que les concentrations vers le Sitom sont « comparables avec d’autres sites industriels de la région », qui ne sont toutefois pas forcément situés en fond de vallée...

 

Concernant les retombées atmosphériques à proximité du lycée du Mont-Blanc / René-Dayve, là aussi, les données collectées sont inférieures à la valeur repère. L’arsenic par exemple, pour 2016, est monté à 500 ng/m2/jour contre 4.000 ng "autorisés". Et le zinc, autre métal particulièrement présent, n’a jamais été au-delà des 20.000 ng/m3 alors que la valeur repère est fixée à 400.000 ng. Atmo assure que, concernant les retombées atmosphériques, les environs du Sitom de Passy s’en sortent ainsi mieux que le centre-ville de Lyon.

 

Composés organiques volatils

 

Concernant les composés organiques volatils (COV), pour toute la vallée de l’Arve, la part provenant de l’industrie (38 %) est restée stable entre 2008 et 2015 alors que celle due au transport a diminué de moitié (de 15 % à 8 %) et que le résidentiel a grimpé (53 % au lieu de 45 %).

 

Pour le benzène, seul COV réglementé en air ambiant, « les niveaux respectent largement les valeurs réglementaires » jure Atmo en s’appuyant sur ses 21 sites de mesure étalés dans toute la vallée. En revanche, spécificité du décolletage oblige, « pour le tétrachloréthylène et trichloréthylène, quasiment tous les sites de mesure montrent des valeurs nettement plus élevées que partout ailleurs en Rhône-Alpes, que ce soit en zone urbaine ou en proximité industrielle », ce qui touche principalement le secteur Cluses / Marnaz / Scionzier.

 

Hydrocarbures aromatiques polycliniques

 

Reste le cas des Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et notamment celui du Benzo(a)Pyrène qui pose particulièrement problème puisqu’en 2016, « la vallée de l’Arve constituait de nouveau la seule zone d’Auvergne Rhône-Alpes dépassant la valeur cible », principalement sur le territoire allant de Sallanches à Passy et pour Atmo : « en plus des émissions liées au chauffage au bois, il y a une contribution industrielle probablement non négligeable ». Inquiétant quand on sait que les taux ont tendance à stagner au-dessus des normes depuis 2012.

 

Oxydes d’azote, ozone et dioxyde de soufre

 

Enfin, concernant les oxydes d’azote, un polluant qui provient majoritairement du transport et que l’on retrouve donc souvent à proximité des axes routiers, Atmo a constaté une diminution de 30 % entre 2008 et 2015. Pour l’ozone, si la vallée de l’Arve est moins touchée par ce polluant estival que l’agglomération d’Annecy, elle est également la seule zone du département à avoir vu ses taux augmenter entre 2015 et 2016. Et concernant le dioxyde de soufre : « aucun dépassement réglementaire n’a été constaté en treize années de mesure, de même pour la recommandation de l’OMS depuis 2008. L’objectif de qualité est très largement respecté ».

Face aux associations historiques, Atmo se défend et reste jugée « fiable »

La semaine dernière, Atmo a organisé une réunion, à Sallanches, pour les principales associations de défense de la qualité de l’air dans la vallée de l’Arve. L’occasion pour l’organisme de mesures de l’air de présenter ses propres chiffres en réponse aux analyses d’Analytika (lire par ailleurs).

 

Atmo et Analytika n’ont pas les mêmes méthodes de travail, d’où des résultats difficilement comparables

 

Et surtout de défendre son travail en expliquant qu’ « il n’est pas possible de comparer nos résultats (car) les méthodes d’échantillonnage ou les unités des concentrations sont différentes. Nous utilisons les méthodes décrites dans les normes pour en assurer la reproductibilité et la comparabilité » explique ainsi Atmo.

 

Et de citer plusieurs exemples, comme l’étude des métaux lourds : « pour Analytika, les concentrations sont issues d’un prélèvement de sol et sont exprimées en mg/kg. Nos mesures sont réalisées par prélèvement dans l’air ambiant (concentrations en ng/m3) ou dans les retombées atmosphériques (en ng/m2/jour). Il faudrait aussi connaître les valeurs de référence qui permettent de conclure que les niveaux sont “particulièrement alarmants” d’un point de vue sanitaire ». Idem pour les composés organiques volatils et composés carbonylés : « les références de l’échelle de qualité de l’air utilisée, pour savoir sur quels niveaux sanitaires elle se réfère ».

 

La Dréal pointée du doigt par l’ARSMB

 

Les associations présentes à la réunion (à l’inverse du Coll’air pur santé qui a diligenté l’enquête d’Analytika) semblent sensibles à ce discours : « Atmo nous a présenté beaucoup de chiffres et de résultats dont nous n’avions pas connaissance », note Anne Lassman-Trappier, présidente d’Inspire.

 

Elle demande désormais davantage de transparence afin de « lever le manque de confiance qui peut parfois planer sur Atmo ». Un véritable besoin de communication que ressentent également d’autres structures. « On souhaiterait des réponses plus lisibles pour les habitants », demande ainsi Jean-Albert Lagarrigue de l’Association pour la qualité de la vie à Passy qui, pour autant, se dit « assez satisfait des réponses apportées par Atmo ».

 

Du côté de l’ARSMB, on pointe plutôt du doigt la Dréal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) « chez qui on a détecté une manière de couvrir les actions ou les non-actions de certaines industries et de SGL Carbon en particulier » assène le président Alain Nahmias.

 

Un problème d’étanchéité sur les toits de SGL ?

 

Ce service de l’État, sous l’autorité du préfet, est notamment en charge d’effectuer des contrôles dans l’usine passerande. « Le scoop, c’est qu’Atmo nous a annoncé qu’ils ont acquis la conviction que les Benzo(a)Pyrène viennent de SGL et qu’ils peuvent prouver que ce n’est pas causé par le chauffage au bois », balance Anne Lassman-Trappier. Les relevés effectués par l’industriel à la sortie de ses cheminées ne seraient ainsi pas représentatifs car les toits vieillissants manqueraient d’étanchéité, d’où des émissions diffuses.

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