Acide sur le crassier d'Hayange : de nouveaux éléments attestent la pollution

Le Républicain Lorrain| Article de Damien Golini

Dans un reportage TV diffusé lundi soir sur la chaîne Planète +, de nouveaux éléments étayent la thèse du déversement d’acide sur le crassier d’Arcelor-Mittal à Hayange, en décembre 2016.

 

« Maintenant, faut que ça bouge. » Le message de Karim Ben Ali s’adresse à la procureure de la République de Thionville, Christelle Dumont. Lundi soir, la diffusion dans l’émission Sous le radar, par nos confrères de Planète+ (groupe Canal+), d’une enquête sur l’affaire de la présumée pollution du crassier de Hayange, a redonné de l’espoir au lanceur d’alerte. En juillet dernier, ce dernier affirmait dans nos colonnes avoir été contraint de déverser des milliers de litres d’acide sur le crassier d’Arcelor-Mittal. Les faits remonteraient à décembre 2016, alors qu’il était intérimaire pour le sous-traitant Sanest, filiale de Suez. Une enquête est toujours en cours, et n’a pas encore délivré ses conclusions.

 

Mais l’enquête diffusée lundi apporte de nouveaux éléments à charge contre le géant sidérurgique et son sous-traitant.

 

Du chlorure retrouvé dans le sol

 

Des analyses du sol du crassier ont été effectuées à titre privé pour les besoins du reportage. Le laboratoire indépendant Analytika a travaillé sur quatre échantillons de terre : deux sur le lieu des déversements et deux sur des sols non contaminés. Les deux premiers échantillons affichent des taux de chlorure trente fois supérieurs aux deux autres, et quatre-vingts fois supérieurs en sulfate. Deux éléments constitutifs de l’acide chlorhydrique et sulfurique. Le laboratoire précise néanmoins que ces prélèvements ne pourront pas constituer des preuves scientifiques irréfutables, compte tenu du délai qui s’est écoulé depuis les déversements.

Des signalétiques sans équivoque

 

Dans une vidéo tournée au moment du déversement, Karim Ben Ali filme une plaque orange numérotée qui est fixée à l’arrière du camion. « Cette plaque, c’est eux [Arcelor] qui te la donnent quand tu récupères le produit », explique-t-il. Les numéros qui y sont inscrits renseignent les secours sur le contenant du camion en cas d’accident. Sur la plaque du camion de Karim figurent les numéros 80/1789. D’après le code de signalisation, le numéro 80 correspond à de la « matière corrosive » et 1789 précise qu’il s’agit d’acide chlorhydrique. Le reportage rapporte également un document interne à Arcelor-Mittal, datant de 2006. Il répertorie les différents déchets de l’usine et leur mode d’élimination. La référence 80/1789 apparaît deux fois pour acide chlorhydrique.

 

Arcelor-Mittal savait depuis janvier

 

Au moment où nous avons révélé l’affaire, en juillet, la direction d’Arcelor-Mittal avait affirmé n’être au courant de rien. Mais un pompier de la caserne de Rombas, par ailleurs salarié du géant sidérurgique, avait rédigé un rapport à la direction dès janvier 2017. Ce pompier avait été informé par Karim Ben Ali des déversements. Le lanceur d’alerte ignorait alors que le sapeur travaillait chez Arcelor.  « J’attends des excuses d’Arcelor et qu’ils admettent ce qu’ils ont fait. Je demande aussi à la procureure qu’elle donne rapidement les conclusions de l’enquête. Elle est mon espoir », souffle Karim, qui a retrouvé un emploi à mi-temps dans une boulangerie. L’espoir de retrouver une vie normale.

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