Revue de presse


7 Juillet 2017 > VAR-MATIN : « Bernard Tailliez au service des lanceurs d'alerte »

Article de Véronique Georges

Dans son laboratoire de Cuers, ce chimiste analyse diverses matières, pour apporter aux particuliers ou associations, les arguments scientifiques permettant d’étayer leur combat.

 

Il a la ré­pu­ta­tion d’être l’un des mou­tons noirs des indus­triels. Pour­tant, lors­qu’il a créé son la­bo­ra­toire Ana­ly­ti­ka, c’était pour être, entre autres, un de leurs pres­ta­taires de service. Ber­nard Tailliez, spé­cia­liste en in­ves­ti­ga­tion et ex­per­tise des conta­mi­nants chimiques ins­tal­lé à Cuers, a tra­vaillé pen­dant huit ans pour l’in­dus­trie. Le 12 dé­cembre 1999, le nau­frage de l’Eri­ka a bou­le­ver­sé sa vie. « Quand j’ai vu à la té­lé­vi­sion ces plages noires sur 400 km, j’ai eu un choc, se sou­vient-il. J’ai sus­pec­té que ce n’était pas du fioul lourd n° 2, la car­gai­son of­fi­cielle, car je sais à quoi ça res­semble. Je me suis fait en­voyer deux échantillons du pro­duit ra­mas­sé sur l’île de Groix. Il fal­lait em­pê­cher ce men­songe de prospérer. Ma mo­ti­va­tion, c’était de ne pas lais­ser les bé­né­voles, les en­fants des écoles, continuer à ra­mas­ser ces ma­tières hau­te­ment toxiques. Je vou­lais prou­ver qu’elles étaient cancé­ri­gènes ». Bin­go ! Les ré­sul­tats des ana­lyses ont confir­mé ses craintes quant à la présence dans la car­gai­son To­tal-Eri­ka de mo­lé­cules can­cé­ri­gènes en grand nombre et à fortes te­neurs. Il s’agis­sait en fait de dé­chet in­dus­triel spé­cial, for­mel­le­ment in­ter­dit d’ex­por­ta­tion. Avan­cer que les pou­voirs pu­blics n’ont pas ai­dé le chi­miste va­rois à faire jaillir la vé­ri­té est un eu­phé­misme. « De­vant la pas­si­vi­té des au­to­ri­tés et le silence com­plai­sant dans le­quel se mu­raient les la­bo­ra­toires uni­ver­si­taires de pé­tro­chi­mie, dont les tra­vaux de re­cherches sont essentiellement fi­nan­cés par l’en­tre­prise pé­tro­lière, j’ai dé­ci­dé d’aler­ter les mé­dias. Les po­li­tiques n’ont pas com­pris qu’avec In­ter­net, l’information cir­cule quand même », note Ber­nard Tailliez.

 

Si le men­songe n’a dé­bou­ché sur au­cune en­quête ju­di­ciaire, To­tal a été condam­né en 2012 pour le pré­ju­dice éco­lo­gique. Cette af­faire a en re­vanche va­lu à Ber­nard Tailliez « quelque chose qu’ [il] ne sou­haite à per­sonne. » « J’ai été en­ten­du par la commis­sion d’en­quête et Jean-Yves Le Drian, qui me­nait les dé­bats, était là pour dis­cré­di­ter le tra­vail d’Ana­ly­ti­ka, hu­mi­lier. » Le docteur es sciences et gé­rant du la­bo­ra­toire en a payé aus­si le prix à tra­vers d’in­ex­pli­cables sou­cis et autres contrôles de son ac­ti­vi­té.

 

Pas de quoi en­tra­ver la dé­ter­mi­na­tion de ce Tou­lon­nais, fils de Phi­lippe Tailliez, l’un des mous­que­mers (avec Jacques-Yves Cousteau et Fré­dé­ric Du­mas), qui ont réa­li­sé le pre­mier film sous-ma­rin fran­çais, puis le pre­mier film en sca­phandre au­to­nome.

 

« Mon père m’a fait confiance, je pense qu’il se­rait fier de moi »

 

confie-t-il, sous le por­trait du pa­ter­nel ac­cro­ché dans l’en­trée du la­bo­ra­toire. Si « tous les in­dus­triels ne sont pas des mar­gou­lins » se­lon Ber­nard Tailliez, l’homme est ré­vol­té par les in­évi­tables conflits entre les mi­nis­tères de l’In­dus­trie et de l’En­vi­ron­ne­ment : « Les mêmes in­gé­nieurs des mêmes écoles y œuvrent… »

 

Son ou­til de tra­vail, un ap­pa­reil de spec­tro­mé­trie de masse, fi­nan­cé par la vente de la mai­son fa­mi­liale, « per­met de cher­cher sans les connaître et d’iden­ti­fier des com­po­sants chi­miques. Après une pré­pa­ra­tion, on peut al­ler fouiller par­tout, dans la terre, l’eau, l’air… » Ana­ly­ti­ka, dont le site est ad­mi­nis­tré par son fils Tho­mas, a ain­si dé­cor­ti­qué les lixi­viats du Ba­lan­çan au Can­net des Maures, les boues rouges en Mé­di­ter­ra­née, du com­post en Ven­dée, et autres pous­sières d’an­ciennes acié­ries dans la Nièvre…

 

Der­niè­re­ment, après avoir vu une pé­ti­tion lan­cée par une jeune femme, le chi­miste a spon­ta­né­ment pas­sé au spec­tro­gramme les tam­pons hy­gié­niques de six marques dif­fé­rentes. « Ils contiennent de 20 à 30 pro­duits chi­miques dif­fé­rents aux­quels est ex­po­sé le corps des femmes, sans que ce­la soit in­di­qué sur l’em­bal­lage. Je lui ai four­ni les chro­ma­to­grammes ».

 

Lan­ceur d’alerte mal­gré lui avec l’Eri­ka, Ber­nard Tailliez ne pense pas l’être.

 

« Je suis au ser­vice des lan­ceurs d’alerte, nuan­ce-t-il. Je leur donne des ar­gu­ments scien­ti­fiques pour être cré­dibles. L’époque glo­rieuse de la chi­mie triom­phante est ter­mi­née car le re­gard des gens com­mence à chan­ger. Et je fais aus­si plein d’autres ana­lyses qui n’ont pas un in­té­rêt so­cié­tal. »

 

À en ju­ger par les der­nières en cours, et dont il ne veut rien ré­vé­ler pour l’ins­tant, vous en­ten­drez sans doute en­core par­ler de lui.

 


5 Juillet 2017 > Regards.fr : « Usine SNEM à Montreuil : les riverains accusent, l’administration se tait »

Article de Manuel Borras

Accusations de pollution de l’air et du sol, cas de leucémie dans le voisinage, mobilisation de riverains et de parents d’élèves, importante couverture médiatique... C’est l’effervescence depuis le 1er juillet autour de l’usine gérée par la SNEM.

 

Les tensions grandissent et la confusion règne dans le quartier Etienne-Marcel-Chanzy, à Montreuil. Un épisode de discussions âpres entre employés et riverains a été rapporté cet après-midi, lors de l’évacuation de bidons des entrepôts de la SNEM, deux jours après que la préfecture l’a averti d’une imminente « inspection approfondie » de ses installations.

Éclairages sur un conflit de long terme.

"L’usine verte", de la couleur de ses façades, est exploitée depuis 1972 par la Société Nouvelle d’Eugénisation des Métaux (SNEM). Située au 34 rue des Messiers, à Montreuil, elle traite des pièces mécaniques d’aviation pour Airbus et Safran.

Une pollution sous contrôle préfectoral

À une soixantaine de mètres de là, l’école primaire Jules-Ferry 1 accueille plus de trois cents élèves. La maternelle-Anne Frank, à environ quatre cents mètres à vol d’oiseau, une centaine. Le futur collège intercommunal de Montreuil-Bagnolet devrait, lui, ouvrir ses portes en 2018, et jouxter la rue des Messiers par une de ses façades. Enfin, juste au nord, le Parc Jean-Moulin-Les Guilands déploie ses vingt-six hectares, intégrés depuis 2006 au réseau Natura 2000 [1].

 

 

En tant qu’installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), placée sous le "régime d’autorisation", soit le plus élevé des trois existant, l’usine SNEM « présent[e] de graves risques ou nuisances pour l’environnement ». L’arrêté d’autorisation, émis par la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 19 novembre 2007, fixe les normes et limites de son activité en termes d’émissions de substances toxiques. Le respect de cet arrêté est assuré par la Direction régionale et interdépartementale de l’environnement et de l’énergie (DRIEE). Celle-ci met en œuvre de régulières « inspections approfondies », afin de vérifier le « respect des normes de rejet dans l’air, dans l’eau, [la] présence des dispositifs de sécurité incendie, etc ». L’exploitant est prévenu en amont de la date de visite. En cas de plaintes du voisinage, la DRIEE organise des « inspections réactives » sur le site, « le plus souvent de manière inopinée » [2].

 

L’autosurveillance mise en cause

 

Des plaintes, Nicolas Barrot, président de l’association de riverains les Buttes à Morel, en a adressé des dizaines à la préfecture depuis qu’il a emménagé, en 2005, en face de "l’usine verte". En cause, l’état de délabrement manifeste du toit du bâtiment et, selon lui des « mises aux normes réclamées mais sans preuves d’application ». Le ton las, il dénonce la méthode de collecte d’informations de la DRIEE, basée sur l’autosurveillance. C’est en effet l’exploitant lui-même qui est chargé de collecter les données de ses propres rejets toxiques, via un laboratoire qu’il paie, puis de les mettre à disposition de la DRIEE – qui peut cependant diligenter une contre-expertise en cas d’incohérences importantes.

 

La « seule étude valable », aux yeux de Nicolas Barrot, a été mandatée par ses soins en 2011 à un laboratoire indépendant agréé par l’État, Analytika, sur la base d’échantillon prélevés autour de l’usine par son association. Elle met en évidence des taux de métaux lourds « très supérieurs aux valeurs acceptables dans les composts », et affirme que le caractère polluant de l’usine est « préoccupant pour les habitants du voisinage proche ». Mais elle est considérée comme non-recevable par la préfecture, qui a indiqué à l’époque par courrier à l’association qu’elle ne « correspondait pas à [ses] normes de calculs ». Solène Demonet, de l’association France nature environnement, note, prudente, qu’il est complexe de distinguer les rejets propres à l’activité de l’usine de ceux déjà présents dans le sol auparavant, sur cette zone autrefois très industrielle.

 

Leucémies : un risque sanitaire spécifique ?

 

En douze ans, trois leucémies de type LMA ont été diagnostiquées dans le voisinage de l’usine, dont un mortel [3]. Début juin, l’admission à l’hôpital Trousseau pour leucémie d’un enfant de CM2 de l’école Jules-Ferry a eu l’effet d’une bombe. Relayant la demande des habitants, la mairie de Montreuil a demandé fin juin à la préfecture la mise en place d’une étude épidémiologique sur les cas de leucémie.

 

 

Demande acceptée : la préfecture indique le 30 juin que « la cellule d’intervention en région de Santé publique France » a été saisie afin qu’elle initie une « investigation ». Celle-ci « consistera en premier lieu à valider le signalement qui a été rapporté aux autorités sanitaires ». Malgré nos sollicitations, le service presse de Santé publique France n’a pas répondu à nos demandes de précisions. À l’heure actuelle, aucune étude scientifique n’a démontré de lien entre les activités de l’usine et les cas de leucémie. Nicolas Barrot évoque également « deux voire trois cas de purpura, une maladie rare du sang, dans le voisinage ».

 

« Juste ne plus être en danger »

 

 

Le troisième cas de leucémie inquiète beaucoup les parents d’élèves, et attire de nombreux médias depuis une semaine. Les riverains sont déterminés à régler la question d’ici le 4 septembre, date de la rentrée, par « la fermeture de l’usine au nom du principe de précaution ». Ils sont aussi déterminés à faire « dépolluer au plus vite, et faire payer les travaux au patron de la boîte, et non au contribuable ». Un courrier a été adressé « à toutes les autorités administratives afin de les prévenir que les parents n’emmèneraient pas leurs enfants à l’école à la rentrée si l’usine étaient encore en fonctionnement ». Des demandes vont être déposées à la mairie pour faire changer les enfants d’école. Et même, « pourquoi pas, bloquer l’usine dès le 4 septembre. »

 

 

Des actions en justice ne seront envisagées « que dans un second temps, car elles seraient probablement longues et coûteuses » [4]. Les employés de la SNEM, dont les emplois seraient menacés par une éventuelle fermeture, mais en conflit avec leur direction en novembre 2013 quant à leurs conditions de travail, et le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, en charge de la gestion du parc voisin et du futur collège intercommunal, ne se sont pas encore publiquement exprimés.

 

Notes

[1Réseau qui vise à « assurer la survie à long terme des espèces et des habitats particulièrement menacés, à forts enjeux de conservation en Europe ».

[2La dernière a eu lieu en 6 avril 2017, quand des voisins se sont plaint de trappes de désenfumage laissées ouvertes sur le toit. Elle a abouti à l’injonction faite à l’exploitant de « mettre en place des actions correctives d’ici trois mois », selon la préfecture.

[3En 2005, un enfant de huit ans a été hospitalisé puis guéri. Une chance que n’a pas connu un riverain de quarante-huit ans, décédé en 2010 un an après la découverte de son cancer.

[4Plusieurs possibilités s’offriraient alors aux plaignants, selon les cas de figure : demande de mise aux normes, de fermeture, demandes de réparation...


16 Juin 2017 > MIDI-LIBRE : Frontignan - COEF34 : « Il y a une pollution rémanente sur le secteur »

Article de Isabelle Jupin

Entretien. Dans un courrier adressé à la préfecture, le Coef 34 demande la mise en place d'un plan de réduction des émissions polluantes par les entreprises.

 

Ancien président d’Association Risque zéro Frontignan (ARZF), Christian Dangleterre en a démissionné en janvier 2015 avec deux autres adhérents : Philippe Boistard et Jean-Louis Collignon. 

 

Tous trois animent, à présent, le COllectif Environnement Frontignan (Coef 34) qui joue son rôle de vigie, au même titre qu’ARZF, concernant les risques environnementaux et industriels à Frontignan. On leur doit notamment d’avoir mis au jour les analyses réalisées par le laboratoire Analytika qui concluent à une contamination chimique de l’air (Le Midi Libre du 3 février 2017).

Que voulez-vous dénoncer dans ce courrier adressé à la Préfecture le 28 mai dernier ? Les odeurs ? La contamination de l’air ?

 

La pollution de l’air, les odeurs et les poussières émises par l’UVE. L’incinérateur est tout à fait dans les normes et bien en dessous des valeurs. Sauf qu’il y a des émanations de métaux lourds, mercure, cadmium, thallium, mais elles sont autorisées.

 

La Mobil, GDH, Scori, Saipol, Timac Agro...

 

Les pollutions qui nous paraissent plus préoccupantes et insidieuses, ce sont celles de la Mobil et de GDH avec son tonnage important d’essence et quelques pourcentages de benzène qui sont volatilisés en même temps. On ajoutera Scori qui, lorsque le vent ne nous est pas favorable, nous baigne de ses odeurs de toutes origines puisque le site retraite tous les produits industriels qui ne peuvent pas être mis en décharge.

 

Nous évoquons aussi Saipol qui utilise du solvant et, comme il a des odeurs, cela signifie que le solvant est chargé d’autres composants. Quels sont-ils ? Nous n’en savons rien. Timac Agro envoie en l’air des quantités énormes de poussières d’engrais parce que si son panache est coloré, c’est que ce n’est pas de la vapeur !

 

Qu’est-ce que vous attendez de ce courrier ?

 

On est saturé par les dires de la mairie, d’ARZF qui se chamaillent sur les résultats d’Analytika et qui, après, mettent tout dans les mains du préfet et puis le temps passe, les mémoires oublient.

 

Il n’empêche que les analyses d’air commandées par la mairie au laboratoire avant le début des tests biopiles sur la Mobil, sont révélatrices d’une pollution de l’air ambiant. La friche de la Mobil engendre une pollution “naturelle” avec son imprégnation, les températures... Ce que j’ai retenu des analyses d’Air Languedoc, c’est, un week-end, une pollution d’hydrocarbures légers venue du sud du chantier donc de GDH.

 

Bref, élevons le débat : il y a une pollution rémanente sur le secteur, à Frontignan, et à Sète. Que fait l’État pour la surveiller et la quantifier et pour contraindre les industriels à une réduction de leurs émissions ? Il faudrait une évaluation précise, détaillée, régulière de la pollution de l’air.

 

« La puissance publique a toujours un train de retard »

 

Malheureusement, on sait que la puissance publique a toujours un train de retard : il suffit de voir l’amiante, le sang contaminé, les produits pharmaceutiques... Il faut qu’il y ait une catastrophe et que des médecins spécialistes s’en mêlent pour que ça commence à faire du bruit.

 

La population vous semble-t-elle consciente des risques pour sa santé ?

 

Non car la pollution de l’air n’est pas visible et les médecins, ici, ne sont pas très en pointe là-dessus.

 

L’observatoire des odeurs mis en place, début 2016, par la Ville et l’Agglo avec la participation de nez bénévoles, est pourtant censé surveiller la qualité de l’air ?

 

C’est peut-être trop tôt pour le dire mais Air Languedoc, qui anime cet observatoire, va-t-il faire des recommandations auprès de la Préfecture pour que des actions soient menées auprès des industriels ?

 

Votre conclusion ?

 

Nous pensons que les industries devraient être suivies de façon beaucoup plus stricte. Si la réponse de la Préfecture est un peu dilatoire, on ira plus loin, jusqu’au ministère. 


VERBATIM

En présence de friches industrielles et d’installations en activité, " les habitants sont soumis à ces pollutions diverses ".

Le dépôt d'hydrocarbures de GDH est concerné.
Le dépôt d'hydrocarbures de GDH est concerné.

" Les analyses récentes réalisées par le laboratoire Analytika à la demande de la municipalité en 2015 et 2016 et par Air-LR à la demande de la Dreal (direction régionale de l’Environnement) en 2016, en dehors de la période de travaux sur le terrain de la Mobil, et lors d’un samedi, respectivement par l’un et l’autre, révèlent la présence de contaminants nombreux que ce soit en centre-ville ou à proximité du canal et du Lepap Maurice-Clavel

 

Certains d’entre eux sont classés cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques (CMR) par Analytika et d’autres ont pour origine, selon Air-LR, une source d’hydrocarbures au sud du chantier.

 

L’agglomération de Frontignan et de Sète est impactée par des friches industrielles et des installations en activité : les pollutions des sols, des étangs et de l’air sont connues, suivies par les services de l’État. Toutefois, le suivi est, à notre avis, parcellaire : toutes les activités ne déclarent pas leurs émissions sur le site du Gerep (1), et les déclarations sont exprimées pour les autres en COVNM (2), sans préciser la nature de ceux-ci.

 

Les habitants sont soumis à ces pollutions diverses plus ou moins gênantes (odeurs des produits retraités par Scori ou d’huiles de Saipol...) mais aussi, plus insidieuses, par des molécules sans odeur dont l’intensité varie avec le vent.

 

La discussion autour de la détection ou non des molécules chimiques, de leur mode d’évaluation et des unités employées est certes intéressante et certainement sans fin. À notre avis, une évaluation globale de cette pollution doit être envisagée avec un suivi en plusieurs points de la ville. Ceci étant décidé par l’État. Des plans de réduction des émissions polluantes par les entreprises, avec le suivi de vos services, et un compte rendu annuel sont souhaitables.

 

La préservation de la santé des habitants mérite la prise en compte des alertes répétées de médecins endocrinologues de renom et d’aller au-delà de l’évaluation des VTR (3), en appréciant la présence et la dangerosité des molécules cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

 

◗ (1) Gerep : Déclaration annuelle des émissions et des transferts de polluants et des déchets.

◗ (2) composé organique volatil non méthanique. 

◗ (3) valeur toxicologique de référence.

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Article du Midi-Libre du 16-06-2017 dans sa version source (Page 9) / Isabelle Jupin
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26 MAI 2017 > LIBÉRATION : "Bernard Tailliez, chimiste révolté et lanceur d’alertes malgré lui"

Portrait de Julie Pacorel (AFP)

Bernard Tailliez, chimiste passionné d'écologie, chef du laboratoire Analytika, le 22 mai 20017 à Cuers, dans le Var / Photo Bertrand Langlois (AFP).
Bernard Tailliez, chimiste passionné d'écologie, chef du laboratoire Analytika, le 22 mai 20017 à Cuers, dans le Var / Photo Bertrand Langlois (AFP).

Il s’est attaqué à Total après le naufrage de l’Erika, il a analysé les eaux de la Méditerranée polluées par les boues rouges et il a disséqué des tampons hygiéniques pour connaître leur composition: Bernard Tailliez, chimiste passionné d’écologie, se décrit comme un « lanceur d’alertes » malgré lui.

 

« Je ne vis plus que pour le laboratoire. Je travaille jour et nuit, comme j’habite juste au-dessus, c’est pratique », sourit le septuagénaire, suivi dans tous ses mouvements par son chat. 

 

Bernard Tailliez, qui travaille seul depuis une dizaine d’années, veut mettre à la disposition de tous ses connaissances et sa méthode analytique : la spectométrie de masse, qui permet d’analyser la composition moléculaire de toute matière.

 

Son local aux rideaux métalliques fermés se cache au fond d’une zone industrielle à Cuers, dans le Var, jouxtant une entreprise de crémation animale. Seules « fantaisies » dans le décor : une amphore vermoulue et un portrait de son père, Philippe Tailliez, un précurseur de la plongée sous-marine, le dernier des « Mousquemers », trio de pionniers dont faisait partie le commandant Cousteau.

 

Un chien dans un jeu de quilles

 

C’est grâce au soutien moral et financier de ce « personnage hors du commun », que Bernard Tailliez a fini par trouver sa voie et fonder son entreprise, à l’âge de 50 ans. Docteur en chimie organique, il avait d’abord travaillé dans des sociétés de fabrication d’instruments pour chimistes, en France et aux États-Unis notamment.

 

En 1999, alors que l’Erika vient de sombrer, ce Varois « un peu Breton » a un choc : « Quand j’ai vu à la télé ces plages devenues noires, avec des bénévoles qui ramassaient à main nue, j’ai bondi, car je sais à quoi ressemble le fuel n°2 que Total disait transporter, et ça n’en était pas ».

 

Ses analyses en main, il tente d’alerter bénévoles et médias sur la dangerosité de la cargaison échouée, affirmant qu’il s’agit de déchets industriels toxiques, « formellement interdits d’exportation ».

 

« Il a débarqué là-dedans comme un chien dans un jeu de quille », se rappelle Benoit Hopquin, journaliste au Monde qui a longuement interviewé le chimiste à l’époque. « Il a donné un poids scientifique à ce que des ONG, des journalistes subodoraient », continue-t-il, « avec un grand courage, car Total était encore plus important qu’aujourd’hui ».

 

La nature de la cargaison de l’Erika, mise en doute par Bernard Tailliez puis par de nombreux environnementalistes, n’a jamais fait l’objet d’une enquête judiciaire. Total a en revanche été définitivement condamné en 2012 pour le « préjudice écologique » constitué par le naufrage.

 

L’affaire Erika est un déclencheur : Bernard Tailliez est mordu de la même passion pour l’écologie que son père. « Il entrait dans l’eau avec lenteur, respect, je n’ai jamais vu personne nager comme lui, sans faire d’écume », raconte-t-il, se souvenant d’une « fessée à coups de ceinture quand j’avais 10 ans parce que j’avais utilisé un canif pour meurtrir l’écorce d’un arbre ».

 

Révolté, mais pas militant

 

Son fils Thomas, qui administre le site web d’Analytika, voit chez les deux hommes la même personnalité entière : « Mon père est complètement dédié à son labo, il a mis de côté sa vie personnelle, comme mon grand-père était habité par la pénétration sous-marine. C’est son aventure humaine à lui ».

 

Depuis l’Erika, Bernard Tailliez a réalisé d’autres études, toujours sur des sujets sensibles, comme les « boues rouges » en Méditerranée, ou encore sur la pollution de l’air à proximité de décharges ou d’incinérateurs, à la demande de riverains. 

 

Aujourd’hui Analytika serait « un des seuls laboratoires d’investigation en France », assure Bernard Tailliez. Parmi ses clients : des particuliers, des ONG, des médias, mais aussi... Total!

 

Alors qu’il avait effectué une étude pour une jeune femme qui se posait des questions sur la composition des tampons hygiéniques, il a récemment été contacté par deux documentaristes pour une enquête sur ce sujet diffusée sur France 5 (« Tampon, notre ennemi intime »). Ses résultats sont alarmants, affirme-t-il : 20 à 30 contaminants organiques sont retrouvés dans les différentes marques de tampons expertisés.

 

Un exemple de plus pour ce « révolté, mais pas militant » de la « complaisance des autorités avec l’industrie ».


21 MAI 2017 > MIDI-LIBRE : Frontignan : "Bouldoire répond à ARZF : « Pas de conclusion hâtive »"

Article de Isabelle Jupin

Environnement. Selon le maire, exonérer le chantier de dépollution de la Mobil de toute responsabilité dans la pollution de l’air révélée par Analityka est hasardeux.

 

Midi Libre s’est fait l’écho (ML du 30 avril) des doutes émis par l’association Action Risque Zéro Frontignan (ARZF) sur la responsabilité des tests de dépollution effectués en 2016 sur la friche de la Mobil quant à la contamination de l’air révélée par les analyses du laboratoire indépendant Analityka (ML du 3 février).

 

Pour le maire, Pierre Bouldoire, cette hypothèse relève d’« une conclusion hâtive. Et ajoute : Sur un sujet extrêmement sérieux, il ne peut être question de produire des pseudo-analyses et de diffuser des éléments non valides. » Dans ce communiqué, le maire rappelle que la Ville est « toujours en attente d’une date pour la réunion de présentation de son rapport annuel sur la qualité de l’air par Air- LR aux Frontignanais. Tout comme nos demandes aux services de l’État, notamment sur les mesures menées par Analytika et Air-LR autour des tests de dépollution du site de l’ex-raffinerie Exxon-Mobil, sont encore sans réponses. »

 

La commune assure avoir demandé à son cabinet conseil EODD « de mener une analyse critique des résultats des rapports opposés d’Analytika et Air-LR. À la charge de la Ville. » Cette tierce expertise révèle que « le manque de mesures directes continues et la non prise en compte des conditions météorologiques ne permettent pas de tirer de conclusions suffisamment fiables du rapport Analytika. Celui d’Air-LR peut être retenu mais nécessite de nombreuses précisions. Journaux de chantier et relevés météo pourraient permettre d’y voir plus clair. »

 

Ce rapport, ainsi qu’une demande d’éléments complémentaires, a été adressé au préfet, à l’Agence régionale de santé et à ARZF. « Ce rapport confirme en revanche, conclut le premier magistrat, la nécessité des mesures que nous demandons pour les travaux de dépollution : opérations sous tentes confinées, prise en compte des vents pour réduire au maximum les nuisances et garantir les mesures, et, bien sûr, surveillance permanente de la qualité de l’air. Le combat continue. »


30 Avril 2017 > MIDI-LIBRE : Frontignan : "Pollution de l'air : L'association ARZF exige que toute la clarté soit faite"

Article de Isabelle Jupin

Environnement. Réagissant aux conclusions du laboratoire Analytika concernant la qualité de l’air, l’association ARZF dénonce « le silence assourdissant » des pouvoirs publics.


Suite à son assemblée générale, l’association Action risque zéro Frontignan (ARZF) a réuni son nouveau conseil d’administration et déclare, dans un communiqué, qu’elle « ne lâche pas le morceau sur la question de la pollution de l’air révélée par les analyses effectuées autour du chantier expérimental biopiles de dépollution de l’ancien terrain de la Mobil ». (CF communiqué de presse intégral de l'association ARZF).

 

À la demande de la Ville, en effet, le laboratoire indépendant Analytika a procédé à des analyses de l’air, en décembre 2015 et en février-mars 2016, dans le centre-ville qui ont révélé une contamination chimique (ML du 3 février reproduit ci-dessous). « Ses résultats ont été délivrés le 18 mai 2016 et... passés sous silence » jusqu’à ce que Midi-Libre, alerté par des membres du Collectif environnement Frontignan, en dévoile l’existence.

 

ARZF s’interroge : « Entre le silence assourdissant des administrations d’État et du préfet de l’Hérault, les démarches et les explications données par le maire (ML du 20 février et du 5 mars), personne ne répond à la seule question qui intéresse les Frontignanais : l’air que nous respirons est-il, oui ou non, contaminé de manière permanente par des substances chimiques au point de faire courir un risque de santé aux populations ? »

 

La pollution n’a pas été causée par le chantier

 

L’association relève, fort justement, que cette contamination chimique « a été mise en évidence par des mesures effectuées avant le début du chantier de dépollution. Elle n’a donc rien à voir avec lui. Les autres mesures effectuées pendant le chantier n’ayant rien révélé en raison d’un changement du régime des vents, Analytika n’a pas apporté à la Ville ce qu’elle attendait de cette mission : la preuve que toutes les précautions n’avaient pas été prises autour des essais de dépollution des anciens terrains de la Mobil. Faute de pouvoir faire cette démonstration, on a gardé les analyses sous le coude en attendant d’obtenir celles de l’organisme de contrôle officiel du chantier, Air Languedoc-Roussillon. Son rapport n’est arrivé que tardivement et… très résumé. En cours de route, l’essentiel a donc été oublié : l’autre source de contamination. »

 

Source permanente de contamination

 

Or, Air-LR écrit à son tour, dans son rapport : « Certaines concentrations de TPH (hydrocarbures, NDLR) et de BTEX (benzène) ont été enregistrées en l’absence d’excavations sur le chantier, la nuit et en weekend. Plusieurs hausses significatives sont détectées … alors qu’il n’y a pas d’activité sur le chantier. Elles sont corrélées avec la présence de vent du sud ».

 

Considérant que les conclusions d’Analytika et celles d’Air-LR se recoupent, Action risque zéro Frontignan, estime qu’« il existe une source permanente de contamination de l’air au sud de Frontignan avec des produits potentiellement dangereux. Pourquoi les administrations d’État demeurent-elles silencieuses depuis la publication de ces études ? Chercheraient- elles à protéger une activité essentielle pour le port de Sète en évitant d’arbitrer entre économie et santé publique ? » La question mérite, en effet, d’être posée et, surtout, qu’on y réponde.


27 Avril 2017 > Le Monde : "Les tampons hygiéniques sont-ils dangereux pour la santé ?"

Article de  Jeanne Cavelier

Un documentaire diffusé mardi sur France 5 a donné la parole à des femmes victimes d’un choc toxique.

 

« Je me sens lourde et fatiguée... (...) J’ai comme l’impression d’avoir été ouverte sur tout le ventre, et que tous mes organes vont tomber à chaque fois que je fais un pas. »

Le documentaire Tampon, notre ennemi intime, qui a été diffusé mardi 25 avril sur France 5, s’ouvre sur le témoignage de Margaux, qui a « frôlé la mort ». Il y a trois ans, l’infirmière de 23 ans a été victime d’un syndrome du choc toxique (SCT), provoqué par l’utilisation d’un tampon hygiénique.

 

Épuisement brutal, forte fièvre, vomissements... Justine a souffert des mêmes symptômes. Psychanalyste de 26 ans, elle a raconté à la réalisatrice Audrey Gloaguen vivre « dans l’angoisse d’une récidive ». Perte de cheveux, problèmes cardiaques... La jeune femme garde de graves séquelles de son infection.

 

Aux États-Unis, Lauren Wasser, une mannequin de 24 ans, qui a porté plainte contre une marque de tampons, a dû quant à elle être amputée d’une jambe après avoir fait un choc toxique.  Cette maladie avait disparu. Son retour, lié à l’utilisation de tampons, soulève des interrogations.

 

Qu’est-ce qu’un choc toxique ?

 

Le choc toxique peut potentiellement toucher 1 % des femmes, celles qui sont porteuses du staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) dans leur vagin. « Le fluide menstruel est bloqué, il va rester au chaud, expliquait dans nos colonnes le professeur Gérard Lina, microbiologiste spécialiste du SCT, qui intervient aussi dans le documentaire. C’est donc un milieu de culture formidable, et s’il y a cette fameuse bactérie, elle va se mettre à produire une toxine (TSST-1) qui va passer dans le sang. » D’où l’importance d’éviter de garder un tampon plus de quatre heures. Les patientes risquent la mort si la maladie n’est pas prise en charge rapidement.

 

Mais le diagnostic n’est pas toujours bien posé. Après un choc toxique, « 20 % des femmes rentrent chez elles sans savoir ce qui s’est passé », affirme Gérard Lina. Or, le risque de récidive est important, en particulier si elles utilisent à nouveau des tampons.

 

Pour le professeur, qui mène une étude sur l’augmentation inquiétante des cas de SCT, ce n’est que « la partie émergée de l’iceberg ». Aucun cas n’avait été recensé en 1990, puis cinq en 2004, dix-neuf en 2011 et vingt-deux en 2014. Il émet plusieurs hypothèses pour l’expliquer : la nature des composants, l’utilisation accrue de tampons ou une évolution de la flore vaginale due peut-être à l’alimentation.

 

En 1980 déjà, le tampon Rely avait provoqué outre-Atlantique 600 SCT en un an parmi ses utilisatrices, dont une centaine de décès. Procter & Gamble avait dû retirer du marché américain son produit ultra-absorbant, après un procès.

 

Si les fabricants sont, depuis, obligés d’indiquer le risque sur les emballages vendus aux États-Unis, ce n’est toujours pas le cas en Europe. Les femmes doivent faire le choix du moins absorbant, grâce au nombre de gouttes indiqué sur les paquets : « Tant qu’elles n’auront pas compris cela, il y aura un danger », estime dans le documentaire la féministe néerlandaise et ancienne eurodéputée Nels Van Dijk.

 

Quelles substances trouve-t-on dans les tampons ?

 

Au-delà du risque de choc toxique, les tampons – qualifiés de « poubelle chimique » par Audrey Gloaguen – cachent d’autres dangers.

 

Des études prouvent la présence de produits chimiques dans les tampons. Celle de 60 Millions de consommateurs met en évidence des traces de dioxines, l’un des douze polluants les plus dangereux au monde, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et des résidus de dérivés halogénés, liés aux traitements des matières premières.

 

Audrey Gloaguen a fait tester les six marques les plus utilisées par les femmes. Il y a tellement de composants chimiques « qu’il nous est impossible d’en faire l’inventaire », dénonce-t-elle. Le chimiste Bernard Tailliez en a trouvé entre vingt et trente.

 

La cellulose des tampons provient des arbres, pas du coton. Les fibres sont de couleur marron. Pour les blanchir, les industriels peuvent utiliser du dioxyde de chlore, voire du chlore élémentaire, qui produisent des dioxines, des perturbateurs endocriniens.

 

La direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) confirme leur présence dans des échantillons de tampons. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) doit remettre cet été les résultats de son évaluation des risques.

 

Ces produits sont-ils dangereux ?

 

Lésions dermiques, altération de la fonction hépatique, dégradation du système immunitaire... sont quelques-uns des effets de ces dioxines répertoriés par l’OMS.

 

D’après le toxicologue belge Dominique Lison, interviewé dans le film, les dioxines seraient aussi responsables de l’endométriose, une pathologie très douloureuse à l’origine d’infertilité. Autre perturbateur endocrinien retrouvé dans certains voiles et matières absorbantes : le DEHP, un phtalate, cancérigène interdit en Europe dans les jouets et les cosmétiques. Ou encore du glyphosate, c’est-à-dire... du désherbant.

 

Les femmes utilisent en moyenne 11.000 tampons dans leur vie, rappelle le Dr Lina. Même présents en faible quantité, les produits chimiques s’accumulent dans le corps.

 

Le marché des tampons est-il régulé ?

 

Aucune loi particulière n’encadre les tampons, pointe Audrey Gloaguen. Les industriels n’ont pas l’obligation de dévoiler leur composition, contrairement aux médicaments.

 

En juin 1999, la Commission européenne aurait même laissé les fabricants établir leurs propres règles concernant la sécurité de ces protections hygiéniques. Désireuse de faire évoluer la réglementation, l’eurodéputée Michèle Rivasi (Verts / Alliance libre européenne) a écrit à la Commission en février 2016, en vain.

 

Une pétition lancée par une étudiante, réclamant à Tampax la transparence à propos de leurs produits, a déjà récolté 260.000 signatures. Cette marque, du groupe américain Procter & Gamble, avait annoncé, en janvier 2016, qu’elle dévoilerait au printemps la composition exacte de ses produits.

 

En réalité, selon Libération, « elle va juste afficher sur l’emballage les bribes d’informations déjà présentes dans la notice ». Le quotidien souligne aussi dans son enquête la présence d’une association protégeant des industriels du secteur, Edana, au sein de l’Agence européenne des produits chimiques, sur laquelle s’appuie la Commission pour fixer les seuils maximaux de substances toxiques.

Replay du documentaire d'Audrey Gloaguen : 'Tampon, notre ennemi intime'
Diffusé le 25.04.2017 sur France 5 dans l'émission 'Le Monde En Face'


03 MARS 2017 > MIDI-LIBRE : Frontignan : "Les services de l'état n'ont pas encore été saisis"

Article de Isabelle Jupin

Philippe Nucho : « Les services de l’État n’ont pas encore été saisis »

 

Entretien. Le sous-préfet Philippe Nucho, évoque l’étude de l’analyse de l’air réalisée par Analytika.

Le 3 février dernier, nous révélions que la Ville de Frontignan avait commandé une analyse de l’air au laboratoire indépendant Analytika. Celle-ci concluait à « la présence
d’un grand nombre de contaminants organiques volatils toxiques dont l’origine industrielle ne fait aucun doute ».

 

Le Collectif environnement Frontignan 34, à l’origine de la “découverte” de l’étude, tout comme l’association Action Risque zéro Frontignan, se sont émus de la non-publication de cette analyse par la commune et des conséquences que cette pollution de l’air pouvait avoir sur la santé de leurs concitoyens.

 

Ce sur quoi, le maire Pierre Bouldoire, s’est exprimé lors d’une conférence de presse (ML du 20 février). Le premier magistrat a notamment expliqué avoir fait appel à Analytika car la surveillance de la qualité de l’air autour du chantier de dépollution de l’ancienne raffinerie Mobil effectuée par Air LR, à la demande de l’État, ne lui avait pas paru suffisante (lire ci-contre).

 

Il précisait que les résultats d’Analytika « se sont avérés surprenants indiquant une bonne qualité de l’air pendant les tests (de biopiles, NDLR) et moyenne à mauvaise avant le début du chantier ». Estimant que « la Ville n’a pas les moyens techniques d’analyser ces résultats » (ceux d’Air-LR et d’Analytika, NDLR), Pierre Bouldoire a indiqué avoir transmis ces éléments à l’Agence régionale de la santé (ARS) et au préfet. C’est, en tout cas, ce qu’il avait fait du rapport d’analyse d’Analytika concernant le site industriel Lafarge (lire ci-dessous).

 

La Ville de Frontignan a transmis à l’État les analyses de l’air réalisées par le laboratoire Analytika en décembre 2015 et février-mars 2016 qui concluent à une pollution chimique. Quelle va être votre réponse ?

 

On en prend acte mais les services de l’État n’ont pas encore été saisis sur le sujet, donc c’est un peu aventureux de l’avoir affirmé. Une lettre est en préparation, m’a indiqué le cabinet de Pierre Bouldoire. Lorsque nous aurons tous les éléments, nous les analyserons et nous apporterons une réponse.

 

Air-LR est l’interlocuteur de l’État

 

Cette étude a été commandée par la commune de Frontignan et, pour nous, l’opérateur du suivi de la qualité de l’air, c’est Air-LR. C’est un organisme labellisé qui fait un travail sérieux et on s’appuie sur les éléments qu’il nous fournit.

 

Lorsqu’il s’agit d’un opérateur tiers, il faut vérifier son agrément et, ensuite, analyser ses méthodes de travail et ses résultats. Mais pour tout ça, il faut être officiellement saisi et avoir des éléments détaillés. Ce qui m’étonne un peu, c’est que la collectivité investit dans le domaine de la qualité de l’air alors que ce n’est pas dans ses compétences et qu’Air-LR travaille sur le sujet.

 

Néanmoins, lorsque vous serez officiellement saisi, allez-vous transmettre ce dossier à l’Agence régionale de santé ?

 

Évidemment, nous ferons un travail croisé des services de l’État. J’interrogerai la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), l’ARS et, le moment venu, nous apporterons une réponse au maire.

 

Ne pensez-vous pas qu’une étude épidémiologique dont l’objectif est de tenter d’établir une association entre l’exposition à certaines substances et la survenue de maladies, devrait être lancée à Frontignan ?

 

Ce n’est pas moi qui peux répondre à cette question, c’est l’ARS.

 

____

 

Suivi de la qualité de l'air à La Mobil

 

De février à avril 2016, Air-LR a effectué des mesures de polluants atmosphériques pouvant être émis par les activités du chantier de dépollution de l’ancienne raffinerie Mobil réalisée par la société Arcadis à la demande d’Esso.

 

Pour ce faire, ont été utilisés un laboratoire mobile ainsi que treize capteurs répartis dans un rayon de 400 m autour du chantier. Les résultats, communiqués à la mairie en novembre 2016, sont les suivants : les concentrations moyennes mesurées d’hydrocarbures sont inférieures aux valeurs de références existantes. Idem pour les concentrations de sulfure d’hydrogène sauf au niveau du quai Jean-Jacques-Rousseau mais « sans lien avec l’activité du chantier ».

 

L’influence du chantier sur la qualité de l’air a été établie « uniquement pendant la phase d’excavation des terres polluées ». Le 15 juillet 2016, la Ville a demandé à la préfecture « de bien vouloir reprendre la campagne d’analyses de l’air à l’extérieur du site » ayant été saisie de signalements d’odeurs en provenance des biopiles sur la période fin mai-début juillet.

 

Cela a été refusé après avis des services en charge de l’inspection des installations classées (courrier de la préfecture en octobre 2015).

 

____

 

Courrier.

Suite à l’étude d’Analytika sur l’ancien site des ciments Lafarge, la Ville a demandé une étude épidémiologique.


Le laboratoire Analytika a également réalisé en août 2015, à la demande de l’agglo, une campagne de prélèvements d’air sur l’ancien site des ciments Lafarge qui met en évidence « des contaminants organiques toxiques volatils et semi-volatils d’origine industrielle » (ML du 3 février).

 

Un courrier recommandé, envoyé le 18 juillet 2016 par la Ville de Frontignan à l’Agence régionale de la santé (ARS) fait état de l’envoi de ce rapport le 30 octobre 2015. « Ces courriers sont restés sans réponse, est-il noté. La qualité de l’environnement de la ville et la protection de la santé des citoyens sont des préoccupations essentielles. Afin d’affiner notre analyse quant à la situation sanitaire de notre commune au regard des questions de pollution, je vous demande de bien vouloir me communiquer tous éléments qui pourraient constituer la base d’une étude épidémiologique sur le territoire communal. »

 

L’ARS, en date du 26 août 2016, répond qu’elle ne dispose pas d’éléments sanitaires « à l’échelle communale... Une analyse statistique telle que vous la souhaitez, consistant à rechercher s’il existe une association entre l’exposition à des toxiques chimiques et les indicateurs sanitaires ne pourrait concerner qu’un groupe de population de taille très supérieure à celle de la commune de Frontignan, suivi sur le plan sanitaire pendant une période très prolongée. »

 

Concernant le rapport d’Analytika, l’ARS indique qu’il « fait l’objet d’un examen en lien avec les services de la Direction régionale de l’environnement. Une campagne de mesure atmosphérique doit être menée par Air-LR de manière à disposer de résultats quantitatifs. L’interprétation de ces résultats et leur comparaison avec ceux du rapport Analytika interviendra à l’issue de cette campagne d’analyse. » À suivre donc.


20 Février 2017 > MIDI-LIBRE : "Frontignan : Analyses de l'air, le maire Pierre Bouldoire réagit"

Article de Jennifer Franco

Environnement. Le maire de Frontignan réagit aux résultats de l'étude menée sur la qualité de l'air respiré par les habitants, que la Ville a commandé au laboratoire indépendant, Analytika, basé dans le Var. Un point qui intervient après la mobilisation d'habitants.

Dans son édition du 3 février 2017, Midi Libre révélait les conclusions d'une analyse de l'air réalisée à Frontignan ville et Frontignan plage, en décembre 2015 et février mars 2016, par le laboratoire Analytika.

 

Qualifiés de "préoccupants" par l'auteur de l'analyse, le scientifique Bernard Tailliez, fondateur de ce laboratoire indépendant d'investigations et d'expertises de contaminations chimiques, ces résultats concluent à « la présence d'un grand nombre de contaminants organiques volatils toxiques ». Cette étude, commandée par la ville, dont les résultats sont publiés et consultables sur le site internet d'Analytika, n'a jamais été rendue publique.

 

Pourquoi avoir organisé une conférence de presse maintenant (elle a eu lieu le 13 février 2017, NDLR) ?

 

Parce que dans votre journal, des citoyens informés se sont manifestés pour exprimer leurs inquiétudes. En l'occurrence, Christian Dangleterre et son association le Coef 34 (Collectif environnement Frontignan), puis dans la foulée ARzF (Action Risque zéro Frontignan). La première intervention pouvait laisser penser que la ville cachait quelque chose sur le rapport d'Analytika. [...]

 

[...] J'ai donc demandé à Analytika de nous proposer un protocole de surveillance. Cela représente un coût de 8000€. Le laboratoire a proposé cette surveillance en deux temps : d'abord avant que les tests ne démarrent (Tests de dépollution de l'ancien site industriel Exxon) et ensuite, pendant les tests de dépollution menés par Exxon. [...]

 

Juridiquement les résultats d'Analytika sont-ils recevables ?

 

La ville est déjà engagée sur le terrain judiciaire avec Exxon. Je demande une fois de plus aux services de l'État de revoir leur copie. Aujourd'hui, ce sont les citoyens qui montent au créneau. Et je m'en réjouis. Cela fait vingt ans que je suis maire de cette ville et que je mène un combat dans ce dossier. Je me sens isolé. Et le temps, lui, continue de passer.

 

Pourquoi Analytika ?

« Lorsque j'étais vice-président à l'Agglo, en charge de l'aménagement du territoire, on avait envisagé -cela reste toujours d'actualité-, en accord avec le président, de transformer l'ancien site de Lafarge en parc public, et également de faire, côté étang, le Palais des sports.

 

À l'époque, j'avais dit à François Commeinhes, qu'il fallait faire des analyses de l'air car nous sommes entourés par Exxon, Scori. L'Agglo avait donc demandé à Analytika de les réaliser.

 

J'ai donc fait à nouveau appel à ce laboratoire car j'avais vu la qualité du travail effectué sur la question Lafarge. »


10 Février 2017 > AFP (Marseille) : "La région Provence-Alpes-Côte-d'Azur malade de ses déchets"

Enquête de Julie Pacorel

Des tonnes de plastique recyclable mais non recyclé, des déchets dangereux dans des installations non homologuées, ou encore des gravats de chantiers déversés au bord de la route: la région Provence-Alpes-Côte d'Azur est débordée par ses déchets.

 

Décharges en Paca : situation alarmante

Alors qu'en moyenne en France, 270 kilos de déchets par an et par habitant ne sont pas recyclés, en Paca le tas d'ordures non "valorisées" grimpe à 400 kilos par an et par habitant, selon l'Observatoire régional des déchets. Un état des lieux constaté au quotidien par ses habitants, et confirmé par une enquête de la DREAL, la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, fin novembre. Les services de l’État ont inspecté sans préavis les 15 décharges de Paca, et leur conclusion est  alarmante: plus de la moitié sont en infraction. Plusieurs procès-verbaux ont été transmis aux procureurs de la République.

 

Eric Legrigeois, directeur adjoint de la Dreal explique "Derrière ces contrôles inopinés, l'idée était de s'assurer de la qualité des déchets admis et des contrôles d'accès, on a vu des bennes entières d'emballages plastique, des pneus dans des installations de stockage qui ne doivent accueillir que des déchets dits ultimes, qui ne peuvent pas être recyclés. Les contrôles d'accès sont très lacunaires: les exploitants de décharge sont dans une logique de remplir rapidement leur installation pour le moindre coût, et une personne qui contrôle à l'entrée toute la journée représente des frais".

Un exemple : la décharge Valsud dans les Bouches-du-Rhône

Sur les hauteurs de Septèmes-les-Vallons, au nord de Marseille, des nuées d'oiseaux signalent la décharge Valsud, gérée par Veolia. Depuis des années, les riverains s'inquiètent du niveau insoutenable des odeurs provenant de la décharge et du dépérissement de la végétation aux alentours. Un laboratoire indépendant saisi par les  habitants, Analytika, a démontré "une forte pollution du site et des alentours par divers effluents toxiques gazeux et liquides, en particulier le benzène, un cancérigène humain connu". Le laboratoire met en cause la présence sur le site de déchets industriels toxiques ainsi que des "fuites et débordements des bacs de rétention de lixiviats (eau pluviale polluée)". Analytika a aussi constaté un dépérissement des arbres dans la partie de pinède située à proximité immédiate du site de Valsud.

 

"Pas étonnant", réagit une source proche du dossier, qui relève des "problèmes de sécurité, d'accès". La décharge, qui doit fermer en 2022, "n'a pas tout ce qu'on demande aujourd'hui" en matière d'étanchéité des sols, ajoute-t-elle. En 2011, Valsud avait été mise en demeure car elle avait augmenté sa capacité d'accueil sans en avoir informé la DREAL. Aujourd'hui la direction de Veolia assure que le site de Valsud n'a "aucun problème d'étanchéité et qu'aucun vidage n'a lieu sans la présence du contrôleur à déchets". D'après ses propres tests, "aucune pollution n'est avérée". [...]


03 Février 2017 > MIDI-LIBRE : "Hérault : pollution toxique dans l'air de Frontignan"

Article de Isabelle Jupin

On doit aux membres du Collectif environnement Frontignan 34 (Coef 34) d’avoir mis au jour cette étude publiée sur le site Internet du laboratoire Analytika. Non pas cachée, donc, mais à la disposition « d’un public averti », commente Christian Dangleterre. « Nous voulons porter à la connaissance des habitants ce document dont nous nous demandons pourquoi il n’a pas été diffusé », ajoute-t-il.

De quoi s’agit-il ? Des résultats, publiés en mai 2016, de deux campagnes successives de prélèvements d’air ambiant sur six capteurs, disposés dans le centre-ville, pour connaître la qualité de l’air respiré par les habitants. Ces analyses ont été réalisées du 11 au 31 décembre 2015 et du 16 février au 7 mars 2016 à la demande de la Ville.

Qualifiés de « préoccupants », ces résultats concluent à « la présence d’un grand nombre de contaminants organiques volatils toxiques dont l’origine industrielle ne fait aucun doute ».

Bernard Tailliez, le scientifique fondateur de ce laboratoire indépendant d’investigations et d’expertises de contaminations chimiques basé à Cuers (Var), poursuit : « La présence de ces contaminants n’a jamais été encore rapportée par les autorités en charge de la surveillance de la qualité de l’air, alors même que plusieurs de ces substances sont classées CMR (cancérigène, mutagène, reprotoxique) et PE (perturbateurs endocriniens) et donc fortement préjudiciables à la santé des habitants. »

 

Parmi les CMR, ont été identifiés : des molécules de benzène, de tétrachlorométhane et tetrachloréthylène, des solvants. [...]


9 JANV 2017 > LELANCEUR.FR : "Des perturbateurs endocriniens dans les préservatifs"

Article de Agnès Noël

[...] Six d’entre les dix-sept composants majeurs du préservatif présentent des empreintes chimiques (“spectres de masse”) que la méthode de dépistage GC/MS mise en œuvre ne reconnaît pas, parmi les 600.000 spectres de masse de référence dont le laboratoire dispose dans ses bases de données.

 

Il s’agit en effet de molécules “propriétaires” des entreprises, protégées par le secret industriel. Le laboratoire Analytika, auteur de l’analyse, émet l’hypothèse qu’il s’agit de biocides/spermicides, un produit rajouté dans les préservatifs afin d’augmenter encore leur efficacité. Il n’est cependant nulle part précisé sur l’emballage que le “Classic Jeans” en contient.

 

“Sans pouvoir être plus précis, nous pensons que ces six composants non identifiables appartiennent à la formulation 'biocide/spermicide', probablement constituée d’un ou plusieurs sel(s) d’ammonium quaternaire, comme en témoigne la présence de la diméthylamine parmi les composants détectés et clairement identifiés”, indique le laboratoire dans son rapport. [...]


25 MARS 2016 > LELANCEUR.FR : "La guerre de l’air à Imphy"

Article de Daphné Gastaldi

[...] Pour prouver cette pollution, les riverains ont décidé d’ouvrir leurs systèmes de ventilation, de racler leurs pare-brise… pour récupérer eux-mêmes la poussière qui s’incruste dans leurs maisons et la faire analyser.

 

“Je suis indigné quand je vois les résultats, souffle de l’autre côté du combiné Bernard Tailliez, dans son laboratoire indépendant, Analytika, à Cuers (Var). On n’est plus dans les Trente Glorieuses, ça suffit. On ne devrait pas trouver des phtalates et des terres rares dans l’air que respirent les citoyens.”

 

Le directeur de ce laboratoire privé qui a fait les analyses s’inquiète de la présence de trois phtalates, reconnus comme des perturbateurs endocriniens, surtout le DEHP. “Nos rapports analytiques mettent en évidence la présence de très nombreux polluants à de fortes concentrations dans les poussières aéroportées induites par une activité industrielle autorisée. Ils démontrent donc que les pouvoirs publics n’ont pas satisfait à l’obligation que leur impose l’article 5 de la Charte constitutionnelle de l’environnement*”, commente-t-il. [...]


24 OCT 2014 > LE RÉPUBLICAIN LORRAIN : "Filaments tombés du ciel : le mystère n’est pas démêlé"

Article de Stéphane Mazzucotelli

[...] Que dit Analytika ? « Ces "filaments aéroportés" sont des polymères organiques complexes, contenant des composants chimiques de synthèse, parmi lesquels plusieurs molécules rencontrées dans les carburants et lubrifiants de réacteurs d’aviation. »

 

Un rejet d’avions alors ? « Peut-être ou d’objets lancés dans l’espace, comme des satellites. Je regrette que l’aviation civile ne communique pas sur les rejets de ses appareils », répond le Dr Tailliez.

 

Aucune certitude donc. Pour le patron du labo privé, l’élément filandreux n’est « pas naturel ». Il balaie l’hypothèse de toiles tissées par des araignées pour se déplacer à l’automne. Prudent, le directeur d’Analytika prend ses distances avec ceux qui concluent, suite à son travail, à un épandage vicieux de substances toxiques et dangereuses.

 

« Je ne dis pas qu’il y a complot. Je dis que ces retombées sont préoccupantes. Mais je n’utilise pas le terme de dangereux car moi-même je ne sais pas d’où cela vient exactement. C’est d’ailleurs tout le problème. Il faut désormais qu’un laboratoire mandaté par l’État analyse ces fibres pour qu’on sache définitivement de quoi il s’agit », conclut le Dr Tailliez, qui croit savoir que le CNRS, à Montpellier, serait sur le coup. En attendant, l’énigme reste entière.[...]


06 JUILLET 2014 > LA PROVENCE : "Les riverains ont la décharge dans le nez"

Article de Delphine Tanguy

"Au beau milieu de la nuit, vous suffoquez, vous avez envie de vomir", rapporte Daniel Pieri. Ses voisins renchérissent : depuis quelques semaines, ils souffrent de maux de gorge, d'yeux irrités. Les odeurs pestilentielles venues du centre d'enfouissement technique (CET) de Septèmes pourrissent la vie des riverains.

Hier, ils organisaient une réunion à laquelle participaient des élus tels Henri Jibrayel ou Roland Cazzola, des présidents de CIQ comme Gérard Marletti ou Lydia Fretzel.

 

Discrètes, dans la salle, les chargées de communication de Véolia Environnement (Valsud) prennent des notes mais se gardent bien d'intervenir. Seuls parleront le toxicologue Bernard Tailliez, mandaté avec son laboratoire, Analytika, par les habitants, et Daniel Pieri, président de l'Association contre la décharge de Septèmes les Vallons (ACDSV).

Œuf pourri

"On veut le savoir : est-ce qu'on risque quelque chose à respirer ça?" tonne soudain un voisin, très remonté. "Ça", c'est de l'hydrogène sulfuré à la caractéristique odeur d’œuf pourri. Il émane des dégazages nécessaires menés par Véolia sur la décharge depuis des semaines. Issu de la macération des déchets organiques, ce biogaz nauséabond est effectivement très irritant. Voir létal dans de fortes concentrations (dégagé par les algues vertes qui souillent les côtes bretonnes, par exemple) et/ou des espaces confinés.

Toutefois, "ici, ce n'est pas dangereux", nous a affirmé Frédéric Clément, le responsable d'exploitation de la décharge. Ce sont "seulement les flux thermiques entre la mer et la terre" qui renverraient les relents pestilentiels vers les vallons des Peyrards et des Tuves, notamment. "Il faut que le préfet vienne dans l'arène, maintenant, que des études soient menées" a réclamé le député PS Henri Jibrayel lors de la réunion. Lors de la récente visite à Marseille de Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, la sénateur maire PS Samia Ghali lui avait fait la même requête.

Fin 2011, Analytika avait mis en évidence, sans pouvoir en préciser la concentration ni la provenance, la présence de 18 polluants dans l'air et 38 dans l'eau aux abords de la décharge. Ce rapport avait jeté le trouble : Véolia avait ensuite accepté que soient menées, deux fois par an, des campagnes de captage d'air en plusieurs points du voisinage.

En juillet 2013 et février 2014, sur une période de 14 jours, le groupe avait mandaté Burgeap (lire ci-dessous) pour réaliser cette étude : "Nous sommes en dessous des seuils admis", se réjouit Frédéric Clément, résultats en main. Bref, le risque sanitaire serait écarté. Dans une volonté d'apaisement, Véolia avait également financé la campagne de mesures parallèle d'Analytika.

 

Or, Bernard Tailliez le soutient aujourd'hui, "nos résultats sont incompatibles avec ceux de Burgeap. Véolia a fait une moyenne de ses relevés qui ne rend pas compte du pic de présence de benzène que j'ai constaté." Ces mesures n'ont pas non plus été menées en période de dégazage. "On n'a pas les moyens d'investiguer davantage", admet Daniel Pieri. Inquiets, les riverains ne comprennent pas que le préfet ne diligente pas, ici, une enquête "indépendante". La seule à même de dissiper leurs craintes.

Derrière les capteurs, deux laboratoires mais aussi... deux poids et deux mesures

À 71 ans, Bernard Tailliez est à la tête du petit laboratoire indépendant -et non-certifié- Analytika, installé à Cuers, dans le Var. Volontiers alarmiste, Bernard Tailliez s'est plusieurs fois mis au service d'associations. En 2000, après le naufrage de l'Erika, il soutient que les bénévoles nettoyant les côtes ont été exposés à des substances plus toxiques que ce qu'affirme Total. Ses conclusions sont sévèrement réfutées par un collège d'experts. Plus tard, une étude de l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse (Ensa) pointera néanmoins elle aussi un risque mésestimé par les autorités. À Septèmes, Analytika a été payé par Veolia pour mener sa propre analyse en parallèle de celle confiée à Burgeap, le laboratoire mandaté directement par Veolia environnement.

Poids lourd de l’ingénierie de l'environnement, il a notamment travaillé sur les sites pollués d'Euroméditerranée. Depuis 2009, Burgeap appartient au groupe européen Burgeap Igip Holding SE. Demeter Partners, un fonds de placement à risque spécialisé dans l'environnement, porte et finance son développement. Veolia environnement est l'un des principaux actionnaires de ce fonds.


07 AVRIL 2014 > VAR MATIN : "Ces mystérieux filaments tombés du ciel"

Article de Luc Boutria

[...] Théorie du complot, résidus de réacteurs... Particuliers et associations s'interrogent sur la découverte de filaments blanchâtres. Un laboratoire varois révèle qu'ils n'ont rien de naturel...

 

En bons Gaulois, nous en sommes toujours à craindre que le ciel ne nous tombe sur la tête. La crainte serait fondée selon des particuliers et une association, l'ACSEIPICA (Association Citoyenne Suivi Étude Information Programmes Interventions Climatiques Atmosphériques).

 

Pour comprendre leur théorie, il suffit de lever la tête vers le ciel et d'observer.

 

Il y a de fortes chances pour que vous tombiez sur une de ces « belles » traînées blanches liées au passage des avions. De ces traînées longilignes qui lézardent le ciel - baptisées en anglais chemtrails - seraient issus de drôles de fils blanchâtres et collants, des « filaments aéroportés » qui se dispersent dans la nature ou… votre jardin !

 

Ces surprenantes découvertes sur plantes vertes ont interpellé des habitants du Var, comme ailleurs en France, qui ont collecté des échantillons pour analyse. À la manœuvre le centre Analytika de Cuers dont les derniers résultats ne laissent présager rien de bon pour la santé publique quant à la composition de ces mystérieux filaments tombés du ciel. [...]


15 Décembre 2013 > AISNE NOUVELLE : "ALLEMANT : DES « PCB » dans la nature"

Eric Jonneau

Allemant est-elle en passe de devenir la commune la moins fréquentable du département ?

Non contents de lutter à armes inégales contre le centre d’enfouissement de déchets, dont ils s’efforcent de prouver le caractère polluant, deux associations locales dénoncent aujourd’hui la présence de polychlorobiphényles (PCB) dans un champ voisin. Et dans des doses dangereuses pour la nature... et pour l’homme.

 

Allemant. 180 habitants. Le village, situé entre Laon et Soissons, est connu pour avoir reçu un missile V1, tiré par la Wehrmacht, mais dévié de sa trajectoire. C'était le 17 juin 1944, jour de la visite de Hitler au bunker de Margival, quartier général du front de l'ouest, situé à trois kilomètres de là… Soixante-dix ans plus tard, la « célébrité » de la commune reposera sur un tas d'immondices. Elle abrite en effet l'un des trois centres d'enfouissement de déchets de l'Aisne.


Depuis son ouverture, en 1996, deux associations (Vauxaillon nature et Qualit'Aisne) se sont créées afin de lutter contre une exploitation qu'ils jugent douteuse, voire illégale. Leur combat est toujours d'actualité et devrait se poursuivre encore quelques années. Il a motivé la rédaction d'un livre blanc, présenté récemment par le conseil général (notre édition du 25 novembre).
C'est pourtant une autre affaire que soulèvent aujourd'hui les deux associations, qu'elles affirment avoir découverte de manière assez fortuite. « En regardant une vue satellite du village sur Internet, l'un de nous a remarqué une tâche claire dans les champs, un endroit où rien ne pousse (en bordure de la D26, ndlr), raconte Alain Legros, le président de Qualit'Aisne. En le superposant avec le cadastre, on s'est aperçu qu'il s'agissait d'un ancien chemin communal, remblayé et exploité par l'agriculteur. C'est troublant. »


Ça l'est d'autant plus que l'association en connaît le propriétaire : Bertrand Magnien. C'est justement lui qui loue ses terres à la société exploitante du centre d'enfouissement (Sita-Dectra), situé de l'autre côté de la D26, en face du champ suspect.
« Je ne suis pas au courant, nous a répondu Bertrand Magnien par téléphone. Ces gens-là sont venus sur mes terres sans rien me demander ? »
« On a prélevé des échantillons et on les a fait analyser par un laboratoire spécialisé, situé dans le sud de la France », confirme Alain Legros.


Contacté dans son laboratoire de Cuers, dans le Var, Bernard Tailliez n'y va pas par quatre chemins vicinaux. Le 20 octobre, il a remis ses conclusions à Qualit'Aisne. Dans son rapport, il explique avoir découvert 101 contaminants organiques.

« Je suis tombé sur le derrière »

« Du PCB et plein d'autres résidus chlorés, résume Bernard Tailliez. Je suis tombé sur le derrière, je ne pensais pas retrouver ce genre de pollution en milieu rural. Elle provient vraisemblablement du sol fortement pollué d'une vieille usine. Cette terre a échappé à la filière légale qui impose de la traiter dans un centre adapté ou de l'incinérer. Quelqu'un a voulu l'éviter, surtout les coûts qui vont avec. »


Bernard Tailliez est connu pour ses affinités écologiques. Il dirige un laboratoire de référence pour les associations environnementales. Il s'est d'ailleurs rendu célèbre pour avoir découvert et révélé avec Greenpeace le caractère toxique du pétrole de l'Erika, échoué au large de la Bretagne en décembre 1999. La puissance de Total, et l'attitude de l'Etat, avaient eu raison de son opiniâtreté.


À Allemant, le combat des associations s'apprête à se heurter aux mêmes blocages administratifs. Le maire d'Allemant, sans doute soucieux de ne pas alarmer ses concitoyens, mais que nous n'avons pu joindre, semble contester la méthode de prélèvement employée par Qualit'Aisne. « Il nous a envoyé une lettre hallucinante, note Alain Legros, le président de l'association. Le prélèvement n'aurait pas été effectué par une personne assermentée. ça reste à voir, je suis quand même technicien forestier à l'ONF. »


L'association a envoyé le compte rendu du laboratoire à la préfecture de Laon. Laquelle attend les conclusions de l'agence régionale de santé (ARS) et de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL). « Le préfet réunit ces services d'ici la fin du mois pour entendre leurs conclusions. Une réponse sera apportée aux associations à la suite de cette réunion », précise leur communiqué.


La commune de Vauxaillon et l'association Vauxaillon Nature, via le maire, Gilles Gastel, ont porté plainte pour pollution des sols les 27 et 28 octobre derniers à la gendarmerie de Coucy-le-Château. La commune voisine craint pour la contamination des nappes phréatiques, et donc pour la consommation de l'eau. Elle demande des prélèvements au niveau du forage de la commune. « L'enquête est en cours, confirme l'adjudant Berthe. On fait quelques vérifications avant de saisir le procureur s'il y a lieu. »

« Je vais leur rentrer dedans »

Le 18 novembre, la mairie de Vauxaillon a écrit au préfet pour lui réclamer une analyse poussée de l'eau potable.
Lundi a lieu une table ronde consécutive au livre blanc conçu récemment par le conseil général de l'Aisne à propos du centre d'enfouissement. Sur le point d'être muté en Bretagne, Alain Legros, lassé par des années de combat, a promis qu'il ne partirait pas en silence. « ça fait cinq ans que ces gens-là (sic) ont le pouvoir de faires les choses et qu'ils ne les font pas. Je vais leur rentrer dedans », promet-il.


19 MARS 2013 > OUEST FRANCE Pays de la Loire : "Le labo dont les résultats « dérangent » Trivalis"

Article de Philippe Ecalle & Marc Lambrechts

[...] Qui a effectué les analyses ?

Le centre Analytika. Fondé par Bernard Tailliez en 1991, à Palaiseau, dans l'Essonne, il s'est ensuite installé à Cuers (Var). Sur son site, Analytika est présenté comme « une société de droit privé, au financement entièrement assuré sur fonds propres, ne dépendant d'aucun sponsor, ni industriel ni institutionnel, susceptible d'exercer d'éventuelles pressions en cas de conflits d'intérêt ». Le labo se dit également « partenaire de l'Ademe et de la Région Paca, et agréé à la cour d'appel d'Aix-en-provence ». A priori, des gages d'indépendance. 

 

Qui est Bernard Tailliez ?

Âgé de 71 ans, il est le fils de Philippe Tailliez (décédé en 2002), précurseur de la plongée sous-marine avec le commandant Cousteau. Titulaire d'un doctorat en chimie, il a travaillé cinq ans aux États-Unis sur l'analyse chimique des molécules. S'il ne fait pas mystère de certaines convictions, héritage de son père, « qui a très vite pris conscience de l'extraordinaire fragilité de la bande côtière », il estime que cette sensibilité écolo « n'est pas incompatible avec la rigueur scientifique ». « Je ne fais pas des analyses pour que ça arrange ou que ça dérange, ajoute-t-il. Je ne porte pas de jugement. Je dis seulement ce que je vois. »

 

Ce laboratoire est-il fiable ?

« Il m'est apparu indépendant et honnête, avec la volonté de dénoncer une certaine omerta », souligne François Bernier, médecin à Saint-Nazaire. Après le naufrage de l'Érika, ce dernier, avec le Collectif citoyen anti-marée noire de Saint-Nazaire, a bataillé contre Total et a fait appel à Analytika. À l'époque, les analyses du labo avaient conclu que le navire ne transportait pas du fuel lourd, mais un « déchet » (issu des boues de forage ou des déchets de raffinerie) qui n'aurait jamais dû prendre la mer. Ces analyses n'ont jamais été attaquées par Total...

 

Plus récemment, à la demande d'une association, Analytika a examiné une décharge à ciel ouvert, à Septèmes-les-Vallons (Bouches-du-Rhône). Il a révélé la présence de nombreux polluants industriels, y compris des perturbateurs endocriniens. [...]


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