Dossier : Marée noire TOTAL-Erika

Fraude sur la véritable nature de la cargaison du pétrolier Erika

Le dossier ci-dessous contient l'ensemble des éléments scientifiques et documentaires produits et collectés par le centre indépendant Analytika entre le 13-12-1999 (naufrage de l'Erika) et la fin 2002.

Il atteste des preuves réunies par Analytika du fait que tout ou partie de la cargaison de l'Erika n'était pas le fioul N° 2 "loyal et marchand" déclaré par TOTAL, mais bel et bien un DIS (Déchet Industriel Spécial), formellement interdit d'exportation.

Le fait que cette tricherie, qui constituait pourtant une grave infraction au principe de proximité déjà inscrit dans la législation environnementale européenne en vigueur à la date des faits, puisse rester à jamais pénalement impunie ne suffit pas à laisser l'opinion publique dans l'ignorance des preuves scientifiques dont ce dossier contient le détail.

L'impunité dont le groupe TOTAL a pu bénéficier est au contraire de nature à nous interroger sur le degré de complicité des autorités françaises du moment responsables environnement / santé publique qu'il a fallu atteindre pour conduire la société civile entière à devoir accepter un aussi calamiteux épilogue.

Les initiatives du centre Analytika pendant la crise de l'Erika

Les investigations scientifiques présentées ici ont été réalisés bénévolement entre fin 1999 et fin 2002, à l'initiative et avec les seuls moyens techniques et humains du centre indépendant Analytika.

A l'époque des faits (début 2000) nous avons immédiatement publié les résultats de nos investigations, espérant que les autorités en tiennent compte, ce qu'elles n'ont pas su / voulu faire.

Si la contrariété du groupe TOTAL au moment de la publication de nos investigations ne constituait évidemment pas une surprise, il nous est seulement apparu peu à peu que nos résultats contrariait encore plus de nombreux organismes publics et responsables politiques, qui cherchaient donc à disqualifer nos interventions, faute de pouvoir les contredire.

Mention spéciale à Jean-Yves Le Drian décrivant les travaux scientifiques d'Analytika comme le résultat d'une "alliance du charlatanisme et de l'Internet" (dans les conclusions du rapport de la commission d'enquête parlementaire "Après l'Erika, l'urgence" dont il s'était institué rapporteur, voir plus bas). 

La mise en ligne de notre premier rapport analytique (sur le site Internet "historique" www.labo-analytika.com) et la transmission directe par courrier électronique de nos notes d'information nous ont finalement permis d'informer les bénévoles et les médias de la réalité du "risque-cancer" encouru à la manipulation des déchets côtiers du pétrolier TOTAL-Erika, en particulier en l'absence des équipements professionnels adéquats.

Il nous faudra tout de même près de trois mois d'efforts pour contrer le discours officiel mensonger des politiques de l' "Amicale Le Drian", et convaincre -enfin- les bénévoles de quitter les lieux en laissant leur place à des pompiers, militaires et autres professionnels convenablement informés, formés et équipés pour faire face sans risque à une contamination côtière de cette nature et de cette ampleur.

L'incompétence et/ou la complaisance des autorités du moment : 

  • incapables d'imposer à TOTAL la mise en place immédiate, à ses frais et sous astreinte judiciaire, d'un plan de nettoyage faisant appel à des entreprises spécialisées
  • autorisant l'accès à des zones côtières contaminées, qui aurait dû être immédiatement interdites au public
  • lançant un cynique appel à l'intervention des bénévoles, tout en occultant délibérément le caractère toxique et cancérigène des déchets côtiers de la cargaison TOTAL-Erika 

ont constitué de graves manquements à la mission régalienne de protection des populations qui leur incombait. 

Viscosité et pouvoir calorifique

Encore en mer, la forte viscosité des rejets TOTAL-Erika avait surpris l'ensemble des professionnels témoins de la catastrophe dès le début des opérations (cf. photographie ci-contre), avant même qu'ils atteignent les côtes françaises.

Tous les moyens de lutte en mer contre les déversements pétroliers mis en œuvre (dont le plan POLMARont été tenus en échec par cette cargaison pourtant obstinément présentée par son propriétaire comme un "fioul lourd N°2 loyal et marchand".

Pour un carburant lourd comme le fioul N° 2, les deux propriétés physiques essentielles :

  • viscosité
  • pouvoir calorifique

déterminent  :

  • les caractéristiques d'écoulement
  • la valeur marchande 

De la viscosité de la cargaison de l'Erika

(France 3 19-12-1999)


La mesure comparative de ces deux propriétés physiques réalisée à notre demande (par un laboratoire spécialisé) sur un échantillon des rejets côtiers TOTAL-Erika (collecté sur l'île de Groix) et un échantillon de fioul N°2 TOTAL de référence  révéla (cf. rapport # 4a ci-dessous) :

  • une viscosité trop élevée pour pratiquer la mesure  
  • un pouvoir calorifique trois fois plus faible que pour le fioul N° 2 TOTAL de référence
Date Rapport Résumé du résultat des investigations
27-01-2000 #1

Caractères toxique et cancérigène (en particulier par par contact cutané) des déchets côtiers de la cargaison Erika.

Teneurs anormalement faibles en fractions combustibles et anormalement fortes en fractions peu ou pas combustibles.

01-02-2000 #2

Fortes teneurs en Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques cancérigènes (surtout par contact cutané)

- famille des HAP : nombreux représentants dont homologues substitués particulièrement cancérigènes.

- famille des benzothiophenes (hétérocycles soufrés) : nombreux représentants particulièrement cancérigènes.

24-02-2000 #3 Composés organiques volatils toxiques présents dans l'air des sites de décontamination.
28-02-2000 #4 Contamination chimique organique des eaux de ruissellement des sites de stockage temporaire.
03-03-2000 #4a

Viscosité et pouvoir calorifique non conformes aux spécifications internationales du fioul N° 2 par comparaison avec un échantillon de fioul N° 2 TOTAL de référence. 

12-07-2000 #5 Présence d'un chlorure d'ammonium quaternaire dans plusieurs échantillons -provenant de lieux différents- des rejets côtiers de la cargaison TOTAL-Erika.
21-04-2002 #6 Confirmation de la présence du même chlorure d’ammonium quaternaire dans la cargaison (fluidifiée) de l'Erika rapportée au  Havre par le pétrolier-navette Mélide à la fin du pompage des épaves de l'Erika.

Répartition des composants chimiques organiques et présence d'un chlorure d'ammonium quaternaire synthétique

Nos investigations relatives à la répartition de composition chimique organique des rejets TOTAL-Erika par comparaison avec un fioul lourd N°2 de référence conduisait à constater (cf. rapports #1 et #2 ci-dessous) d'importantes différences dans la répartition :

  • de composition chimique en hydrocarbures semi-volatils 
  • de composition chimique en hydrocarbures peu volatils

Les rejets côtiers de la cargaison ne présentaient donc aucune des caractéristiques de viscosité, pouvoir calorifique et répartition de la composition chimique organique attendues du fioul lourd N°2 à basse teneur en soufre "loyal et marchand" prétendument constituer la cargaison TOTAL-Erika. 

Enfin, les dernières investigations du centre indépendant Analytika ont révélé la présence d'une molécule synthétique présente aussi bien :

  • dans les déchets côtiers TOTAL-Erika
  • dans les cuves du pétrolier Mélide

(qui ramenait le contenu des épaves de l'Erika (dilué aux esters méthyliques de colza pour les besoins du pompage en profondeur) pour destruction dans l'enceinte de la raffinerie TOTAL en Normandie.

La présence de ce sel d'ammonium quaternaire, une molécule appartenant à une vaste famille de produits synthétiques couramment utilisés dans l'industrie pétrolière  comme :

  • agent lubrifiant pour les boues de forages pétroliers 
  • agent biocide pour les bacs de stockage des déchets des raffineries

dans les déchets côtiers TOTAL-Erika et dans les cuves du pétrolier-navette Mélide est attestée par les rapports #5 et #6 ci-dessous.

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Rapports Analytika N° 1 à 6 : marée noire TOTAL-Erika
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Information des bénévoles et des médias sur la réalité du risque-cancer encouru.

Alain Baert "Toxicologue"
Alain Baert "Toxicologue"

Deux jours après le naufrage de l'Erika, le 15-12-1999 un appel téléphonique de François Mansotte (médecin pôle santé-environnement ARS Nantes) nous avait informé des invraisemblables décisions prises dans l'urgence par les autorités régionales concernées (préfectures et Centre anti-poison Rennes)  :

  • laisser libre d'accès au public les zones côtières contaminée
  • ne pas mentionner publiquement la nature toxique et cancérigène du fioul N°2
  • empêcher la diffusion de la FDS (Fiche Données Sécurité) du fioul N° 2 TOTAL (qui mentionnait évidemment ce risque-cancer) 

Ce refus du toxicologue Alain Baert de diffuser la FDS auprès des personnels appelés à manipuler un produit chimique toxique et cancérigène constituant selon lui une grave infraction au Code du Travail.  Cette décision du Centre anti-poison de Rennes fut lourde de conséquences ultérieures puisqu'elle priva pendant trois mois les intervenants à la décontamination côtière, en particulier les bénévoles, de toute information sur :

  • le risque-cancer encouru par contact cutané avec les déchets TOTAL-Erika,
  • l'importance de la qualité des équipements de protection
  • la nécessité du port d'un masque respiratoire approprié. 

Les résidus de la distillation du pétrole brut, dont le fioul N°2 fait partie, contiennent d'autant plus de composants cancérigènes qu'ils sont plus lourds et donc plus visqueux.

L'évidente viscosité des rejets côtiers nous laissait donc craindre que la concentration et le nombre de molécules cancérigènes y soient bien supérieurs à ceux d'un fioul N°2 véritable.

Indigné par le cynisme de l' "appel aux bénévoles" lancé par la préfecture de Nantes, consterné de constater l'afflux massif de cette "main d'oeuvre" délibérément tenue dans la plus totale ignorance du danger-cancer inhérent aux déchets pétroliers répandus sur 450 kilomètres des côtes bretonnes et vendéennes qu'ils allaient devoir manipuler, disposant des moyens techniques particuliers nécessaires et des compétences scientifiques requises pour l'étude des produits pétroliers lourds, le centre indépendant Analytika s'est alors efforcé de prouver expérimentalement le caractère particulièrement cancérigène des rejets TOTAL-Erika, que les autorités continuaient de nier.

Les résultats des premières de ces investigations (sur l'échantillon des rejets côtiers provenant de l'île de Groix) ont immédiatement confirmé nos craintes quant à la présence dans la cargaison TOTAL-Erika de molécules cancérigènes en grand nombre et à fortes teneurs, HAP , HAP substitués et surtout thiophènes. 

Devant la passivité des autorités et le silence complaisant dans lequel se muraient les laboratoires universitaires de pétrochimie (dont les travaux de recherches sont essentiellement financés par TOTAL.) nous avons jugé nécessaire de faire parvenir directement par courrier électronique aux bénévoles et aux médias cette indispensable mise en garde sur le risque-cancer, dont mous possédions maintenant la preuve scientifique.

La reconnaissance officielle de ce risque-cancer par INERIS (du bout des lèvres...en mars 2000), ne s'avéra même pas suffisante pour conduire les autorités à procéder à un recensement officiel des individus ayant participé aux chantiers de décontamination.

Aucune étude épidémiologique des risques encourus, par les milliers d'individus au contact des rejets côtiers TOTAL-Erika ne pourra donc jamais être conduite pour aucun des : 

  • bénévoles volontaires pour la décontamination côtière
  • soigneurs d'oiseaux mazoutés
  • pompiers et militaires réquisitionnés
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"Des gens vont développer des cancers"
... pour les raisons rappelées le 9 mars 2007 par la toxicologue Annie Pfohl-Leszkowicz dans l'article du journal "L'Humanité", retranscrit ci-dessous.
des_gens_vont_developper_des_cancers.pdf
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